Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

10!)0 IIJSTOlnE SOCIALISTE tour piquant donné à l'éternelle déclamation morale contre les richesses et les dangers de l'i négalilé. Li>ssouvenirs de la Grèce et de Rome, des lois de Solon ou de celles des Gracques ne poul'aienl agir sur la masse et n'agissaie nt pas sur les esprits culli1•és qui, malgré leur phraséologie antique, sava ient la différence des temps et des civilisations. Le seul chez qui la loi agra ire se manifeste avec quelque force de vie, c·esl Rétif de la Bretonne. Elle y est exposée, dans la Paysanne pervertie, par une sorte de Caliban de mauvais lieu, par un soute - neur qui, en un rêve bizarre, puéril et fangeux, môle d es idées de débauche et dïgnoble richesse à des projets de réforme souvent baroques el de philan. thropie. Mais, du moins, ce n'est pas là une froide ab straction ou une formule d0 école: c'est comme un ùesoin crapuleux de bienfaisance el de gloriole, uo étrange pressenliment révolutionnaire dans un boug e d'infamie, un ruisseau ignominieux dont les ordures sont soulevées par une pluie d'orage. On dirait une création d'un Balzac immonde, une s0t·te d e Rastignac de mai,on de passe ou un Vaulrin qui aurait roulé au-dessous de lui-même après la mort de celui qui ennoblissail ses vices el ses crimes. • Le premier point sera de nous enrichir. Nous aurons déjà une fortune considé rable par nos femmes, mais il faudra la doubler, el pour y parvenir ... Mais je le dirai ça de bouche ... Est-ce donc pour thésauriser que je demande encore que nous nous enrichissions? • Non, non, c'e,l pour pouvoir beaucoup! Tout le bien e t tout le mal que nous voudrons! L'argent est le nerf universel. .. Ces richesses acquises, et nous montés au grade que nous espérons, c'est alors que, du ssions-nous culbuter, il faudra tout employer pour anéantir la superstition. El d'abord celte infamie des moines ... Nous empêcherons tous les ordres sans exception de recevoir des novices, nous rendrons propriétaires tous ceux qui travaillent pour eux, el par là nous ferons la félicité des peuples ... Oui, mon c her Edmond, le genre huma_in se décrépite, et rien n'est plus facile à voir. Il faut une révolution physique el morale pour le rajèunir; encore, je ne sa is pas si la révolution morale suffirait; peut-élre le bouleversement entier du g lobe est-il nécessaire. Notre grand but sera donc de faire régner la philosophie et de l'établir partout. Nous travaillerons à diminuer toutes les fortunes immenses elà augmenter cel les des paysans en les rendant peu à peu propriétaires. Pou r cela, nous mellron, en vogue une galanterie qui tiendra de la débauche el n ous tâcherons, autant qu'il sera en nous, de ruiner les seigneurs, afin de les o bliger à vendre; nous démembrerons les grands fiefs, el nous ferons en sorte que les adjudications s'en fassent partiellement. • Bizarre vision, où à côté de détails puérils apparaissent plusieurs traits de ce que sera l'opération révolutionnaire, mais plus marqués d'esprit populaire el de démocratie I Qu'est-ce à dire, et les rêves du Ruy Blas de lupanar imaginé par Rétif ont-ils contribué à former la conscien ce révolutionnaire el

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