Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOJnE SOCIALISTE 1009 lernelle, à la subsistance des femmes et des enfants des viq11eronsindigents qui, par patriotisme, avaient interrompu leurs travaux. En un mot, leur famille se trouvait nourrie, leurs vignes cultivées et la patrie défendue. • Voilà des traits décisif, et profonds qui ont échappé à Taine. Préoccupé de noter les signes • d'anarchie spontanée •• il n'a pas ,·u les forces prodi gieuses de conservation dont la Révolution bourgeoise et paysanne disposait. L"Assemblée s'attendrit aussi, acclama, félicita, et pas une voi~. mémP. à !"extrême-gauche, ne s'élen pour plaider la cause de, pau vrcs bûcherons dédaignés. Il fallait la pres,ion immédiate des faubourgs parisiens pour faire éclater un peu l'étroite concepLion bourgeoise de la Légi,lati 1e. Les ouvriers pourtant avaient tenté de donner à leur « émeute • une forme légale, et cela atteste je ne sais quelle foi nalve et touchaule en l'ordre nouveau. Au moment même où les ouvriers « flotteurs » exigeaient ,•iolemmenl « une augmentation de salaire pour tous les travaux qui s'exécutaient sur les porls à l'occasion de la fabrication des trains et de leur conduite à Paris•; au moment où fatigués de discuter en ,·ain avec le sieur Pei nier, commis des marchands, ils scellaient la barre des perluis de Crain pour empêcher les trains de bois de couler; au moment même où, au son du tambour, ils faisaient sommation à tous ouvriers de n'avoir pa, à travailler el menaçaient quelques ouvriers de l'intérieur venus•à la demande des patrons, ils se choisi-saient, dans les formes, « un capitaine des flotteurs" el allaient demander au juge de paix de signer le procès-verbal de celle èlection. Le juge refusa. Non, non, vous n'êtes pas d'emblée, 0 prolétaires, la légalité souveraine, et que d'efforts, après uo si~cle, Yous faut-il encore pour devenir la loi! :Maisc·est surtout dans les départements les plus voisins de Paris, en Seine-et-Marne, en Seine-el-Oise, dans l'Eure, dans le Loir-et-Cher, dans le Loiret, à Evreux, à Jouy, à )lonllhéry, à Verneuil, à Etampes que le niouvement paysan au sujet des sub;islauces prend de vastes proportions au printemps de 1702. Surtout il o[re un caractère très particulier, que )1. Taine, uniquement soucieux d'accumuler des détails d'un pilloresque terrifiant el enfantin, n'a pas même entrevu. Ici il semble bien qu'il s'agit d'un mouvement agraire contre les gros fermiers, contre le capitalisme agricole très puis. sant en celte région. J'ai noté déjà comment les cahier;; paysans de l'Ile-de-France protestaient contre Its grandes fermes et en demandaient la division. La question des subsistances el des pl'ix était une occasion excellente aux paysans de créer des ennuis aux grands fermiers qu'ils détestaient. Dans un livre, d'ailleurs médiocre, que Lequinio publia en 1792, sous le litre les Préjugés délruits, il a traduit avec force les sentiments des habitants des campagnes contre ces gros fermiers. Son chapitre XIII, consacré aux • laboureurs •, commence ainsi: • d n'est pas question d'agriculture, et je 11e parle point de ce petil rwml>re d'hommes opulents qui, dans les envirorn de la capitale et dari$

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