Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllSTOJRE SOCIALISTE i()(\7 armes! • Des gardes nationaux accoururent, un ouvrier fut tué d'un coup de feu. « La , ille de Poitiers, sans aucun commerce, sans aucun établissement public, renferme dans son sein plus de 6,000 indigents, sur une population d'environ 20,000Ames. Les salaires des uns sont trop modiques pour atteindre le prix du pain, les autres sont, dès leur enfance, habitués à un métier infâme (la mendicité); plusieurs sont infirmes, tous sont pauvres; tous nous demandent du pain; tous ont droit de vivre et notre devoir le phis sacré est de soulager leur misère. » Poitiers était une de ces villes d'où la vie d'ancien régime se relirait sans que les germes el les éléments de la vie moderne y fussent assez puissants. L'Assemblée applaudit et vota. Du 20 au 30 mars, un mouvement très curieux éclate sur les confins de la Nièue et de l'Yonne, à Clamecy, Coulange-sur-Yonne, Crain, etc. Ce sont les hO.cherons, les ouvriers chargés de préparer pour l'approvisionnemeht ùe Paris les bois qui descendaient les rivières jusqu'à la capitale, qui se révoltèrent contre lïnsufflsance de leur salaire. Le directoire du département de l'Yonne vint à l'Assemblée, le i3 avril, raconter cette sorte de grève vio- ~nle: ' « Législateurs, le directoire du département de l'Youne vous a informés des troubles qui avaient agité les paroisses de son territoire limitrophe du district de Clamecy, la ville de Clamecy et environs. li vous a exposé que la naviqatio11de f Yonne avait été interrompue, que les séditieux avaient chassé les ouvriers des ateliers, sous le prétexte de lïnsuffisance des salaires; que le ZT mars, environ 2,000 ouvriers de Clamecy, Coulanges-sur-Yonne, Crain, s'étaient réunis en attroupement dans ladite Yille de Clamecy; que la garde nationale ayant pris les armes, on sonna le tocsin sur elle, qu'on parvint à la désunir, qu'elle fut désarmée, dépouillée (mème de la chemi,e) à la face des magistrats du peuple, dont la voix fut méconnue; que l'officier municipal faisant les fonctions de procureur de la commune aYait été frappé d'un coup de poignard ou de baîonnette; que les séditieux a, aient poursuivi les gardes nationales jusque daus les appartements; que plu,ieur,, pour sauver leurs jours, avaient été obligés de se précipiter par les fenêtres ou dans la rivière; qu'on avait ensuite porté en triomphe les habits el les armes, que les rebelles s'étaient emparés des ports el avaient fait chanter un Te Deum en action de grâces de l'avantage qu'ils a,aient obtenu sur la garde nalionale. • li y a dans ce mouvement je ne sais qnel mélange de rusticité et d'enfantillage; mais nous ne voyons la scène qu'à travers un récit bourgeois. Nous ne savons pas si, comme les ouvriers charpentier;; dans la grande grève de 1191, ou comme les pétionnaires de Paris à l'occasion des accaparements de sucre, les pauvres ouvriers bO.cherons de l'Yonne et de la Nièvre invoquent les Droits de l'homme pour réelamer le droit à la vie. Le directoire, qui est

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