HISTOIRE SOCIALIS'CE 1061 chercher dans de prétendues opérations d'intérêt public un bénéfice de spéculation. Le reproche était absurde: car la municipalité n'avait pas le monopole de la vente des grains, el en approvisionnant les magasins publics, elle contribuait à baisser le prix de la denrée; elle s'interdisait donc par là même tout bénéfice d'agio. !llosneron Je constate et ici encore je relève un nouveau témoignage de l'excellent état des approvisionnements de blé à Paris: « Si la municipalité de Paris fait le commerce des blés, si elle en lire des autres départements pour se procurer un bénéfice en le vendant dans la capitale, elle est bien trompée dans sa spéculation : car le lieu dtt royaume où le pain esl le plus beau, le meilleur el à plus bas prix, est la ville qe Paris.• El aucune protestation ne s'élevait dans l'Assemblée con Ire celle affirmation. En fait, c'est plutôt au sujet du sucre el des denrées d'épicerie qu'au sujet du pain, qu'en 1702 le peuple de Paris réclama. Mais en plusieurs points des campagnes il y eut des mouvements très ,•irs. Des villes et bourgs de Saint-Omer, Montélimar!, Coye, Samer, Chaumont-sur-Marne, NeuillySaint-Front, Beaumont-la-Digne, Mâcon, Villers-Outreaux, Souppes, Dunkerque, Saint-Venant, Douai, Arras, Nantes, Verberie, Saint-Germer et Montmirel des pélilions étaient adressées à l'Assemblée. Là le peuple, dès qu'il voyait des voilures chargées de grain ou quand du blé était porté sur les navires, se soulevait. A Chaumont il se rassemblait au son du tocsin. A Dunkerque, à Saint-Omer, il empêchait le chargement des vaisseaux. Evidemment, en troublant ainsi la circulation, il aggravait le mal dont souffrait le pays; mais comme les souvenirs du passé el les exemples mêmes du présent justifiaient ses inquiétudes I Dans les dernières années de l'ancien régime, quand, pour combler le déficit de la récolte, la monarchie primait les blés importés, de grands spéculateurs exportaient en fraude le blé de France el le réimportaient pour bénéficier de la prime. Le peuple avait peur que des manœuvres du même ordre dégarnissent encore les marchés insuffisamment pourvus. En vain, dans les ports, lui disait-on que c'était à nos colonies qu'étaient destinées les farines exportées; il n'avait pas confiance. El même quand les blés étaient enlevés du Nord où Ils surJbondaienl po.ur aller ravitailler le Midi, le peuple du Nord craignait que sous des prétextes honnêles on ne parvint à le démunir. Les pétitionnaires demandaient à l'Assemblée d'interdire rigoureusement. toute sortie des blés. L'Assemblée, par son rapporteur Mosneron, répondit que sauf les farines destinées à nos colonies el dont la remise à destination était rigoureusement contrôlée, ni grains ni farines ne sortaient de France. Les pétitionnairés demandaient en outre que les propriélaires de grain~, au lieu de vendre à des spéculateurs, à des « accapareurs • qui pouvaient emporter Je grain au loin fussent tenus de le porter sur le marché en proporUon de leurs approvisionnements. L'Assemlilée, hésitant à entrer dans celte
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