Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1056 lllSTOII\E SOCIALISTE « J'appuie la motion, dit le père Bondo, le plus fort de tous les forts du port el de la Halle, el je demande que le père Duchesne soit régent du royaume pendant l'imbécillité de Gilles Capel, ci-devant roi de France. Vive le père Duchesne! Vive le père Duchesne 1 « Me voilà au,silôl proclamé régent, on promet de soutenir mon droit avec trois cent mille piques; allons, foutre, ça ira. Que feras-lu, père Duchesne, à ton avènement à la régence? Je commencerai par loutre la pelle au cul à tous les faux patriotes qui se sont glissés comme des serpents à l'Assemblée nationale, à la :llunicipalité, dans le département. Je vous assemble une nouvelle législative compo;ée non seulement des citoyens actif;, mais de tous les braves gens pauvres ou riches qui mériteront cet honneur par leur patriotisme el leurs talents. • Quand le Corps législatif sera ainsi bien organisé, je n'aurai pas l'insolence, foutre, de vouloir marcher sans 'égal, de prétendre réunir seul la moitié de la force de la nation, de dévorer à moi seul de quoi faire vivre tous les citoyens d'un département. • Je me contenterai donc de veiller seulement sur la machine et d'avertir les ouvriers quand il se dérangera quelque chose. Je protégerai les arts, je soutiendrai le commerce, je ferai couper le cou à tous les agioteurs ... Cependant Gilles Capet aura terminé sa vie honteuse dans sa loge, et son abominable femme sera crevée à la Salpêtrière; leur fils alors ~era devenu grand, il aura été éle,•é dans le travail et la misère, il aura oublié tout son premier attirail; enfin il aura appris à Olre homme et citoyen, on pourra, si l'on ,eut à celle époque, si on a besoin, je ne dis pas d'un roi, car il n·en faut pas si on ,·eut être libre, mais si on a absolument besoin d'un premier faussaire, on pourra jeter les yeux sur lui et il succédera au père Duchesne 1 • Etrange servitude de l'esprit qui, même dans sa révolte puissante et ordurière contre la royauté, ne parvient pas à se débarrasser encore, complètement, de l'hypothèse royale. C'e•t sous cette forme confuse que le peuple commençait à entrevoir la République. Cet article d'llébert marque sans doute la pointe la plus hardie de la pen•ée populaire à cette date : c'est presque la République et c'est la démocratie, sans distinction de citoyens actif, et de citoyens passifs, et, en matière sociale, cc sont des lois contre les agioteurs, mais aucune conception nouvelle de la propriété. Cette exaltation quasi-républicaine tombe après le retour du roi, el le père Duchesne lui-même, en des fictions apaisées, va rendre visite à Louis XVI, en son Palais des Tuileries, pour le féliciter d'avoir accepté la Constitution et pour l'avertir sur un ton moitié confiant, moitié grondeur, de lui rester celle Coisfidèle. Hébert se laisse même aller à l'enthousiasme le jour où la Constitution est proclamée dans Paris ; • le bruit du canon nous retenUuait dans le

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