Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1020 IIJSTOll\E SOCIALISTE rentrait pour être br0Jé après al'oir acquiUé le prix des biens nationaux, plus il y aYait de chance pour que lïmprévu des événements vint troubler ce mécanisme. On pouvait craindre par exemple que la Révolution, acculée par la guerre à des dépenses exceptionnelles, cc,sàt de briller les assignats qui faisaient retour; el malgré toutes les précautions prises pour donner à ce hr0lemenl forme authentique, jamais la Révolution ne parvint à per,uader à tout le pays que les assignats étaient détruits à mesure qu'ils rentraient à la Caisse de l'extraordinaire: aussi on pouvait craindre unesurchargedel'émission. D'ailleurs, il était impossible d'adapter exactement le chilire des assignats émis à la valeur un peu incertaine des biens mis en vente, el il était certain que des assignats resteraient en circulation quand tous les biens seraient déjà vendus. On n'aurait pu en elîet les relirer hrusquemenl sans enlever au pays des moyens d'échange dont il avait un besoin absolu. Mais il fallait ainsi prévoir au bout de la grande opération des 1•entes toute une période où les assignat•, ceux du moins qui ne seraient pas encore rentrés, ne porteraient plus sur un gage territorial. Montesquiou montrait avec raison que celle hypothèse n'avait rien de redoutable; il prévoyait (si l'émission ne dépassait pas le chiffre fixé par la Constituante) qu'en iî99 il ne resterait plus que 400 ou 500 millions d'assignats en circulation. Et il ajoutait: « C'est à celle époque que, peul-être, on sentirait la nécessité de ne pas priver la circulation du royaume d'une monnaie üctiv~ qui, réduite à une juste proportion, serait très ulile el ne pourrait plus nuire. « L'établissement d'une ba11q11enationale qui absorberait alors le reste des assignats et qui y substituerait des billets payables à vue assurerait dans l'année f 800 le terme absolu de l'opération. • Il n'y en al'ait pas moins dans le jeu des émissions et des rentrées d'assignals quelque chose d'un peu indéterminé et 0otlant qui pouvait diminuer le cr6dit de l'as;ignat. Mais un autre péril le menaçait: L'Assemblée constituante avait ordonné la liquidation des offices supprimés. Celte opération était nécc,saircment un peu lente: cl pour ne pas priver trop longtemps les propriéLaircs de ces offices du capital de leur charge, elk avait décidé qu'ils recevraient une reeonnai;- sance provisoire, qui leur permettrait d'acheter des biens nationaux. Le directeur du service de la liquidation, Dufresne SainL-Léon, signale le danger à la Législative dans un important mémoire du 9 décembre: « Les propriétaires d'ofOces supprimés ont le droit de me demander des reconn.aissances provisoires, susceptibles d'être allmises en payement de domaines nationaux jusqu'à concurrence de la moitié de la lin 1nce présumée de leurs offices non liquidés. , « Ce n'est pas sans sci·upule que ;"ai obéi à la loi à cet égard parce que j'ai toujo11rs considéré celte opération comme une création d'assignats qui,

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