Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1018 HISTOIRE SOCIAL!S1'1!: l'eul-ètrll à ,rai dire, les ùémocraLes bourgeois ne se rendaient-ilscompLe qu·à demi des inévitables effets capitalistes de la Révolution. Peul-être aussi, la joie des contre-révolutionnaires, qui espéraient bien tirer parli de ces agitations, leur suggérait-elle l'idée qu'ils en étaient les seuls arlisans. Il se peut d'aillcurslrè, bien que des hommes stipendiés par la contre-révolution fussent m,'lt's aux mouvements populaires· « Si le peuple a fait porter son ressenLi1ncnlsur les marchands détailleurs il a commis un délit grave el une inju,Lice criante; mais ce n'est pas le ,ni peuple qui s"est oublié à ce point; cc n'est ras lui qui s'est fait délivrer.le sucre, par pains, à 20 et 25 sous la livre. Le 1,euple est trop pauvre pour faire de telles acquisitions, ce sont les riches, ce sont les ministériels (le ministère en janvier esl royaliste el feuillant) les amis de la Cour, les amis des blancs, les correspondants des émigrés qui ont endoctriné de mauvais sujets pour soulever le peuple, pour amener une révolte, un commencement de contre-révolu lion el pour faire dire, en montrant des pains de sucre tout entiers achetés par violence à 20 sous la livre, qu'il n'y a plus de sôreté dans Paris pour les gros négociants, ain,i que pour les détaillants, que les propriétés sont violées, que la liuerlé du commerce était nulle, cl que Paris ne del'iendra jamais un entrepôt digne de rivaliser avec Amsterdam si on n'y respecte pas les variations du prix des marchantli;es. • Ainsi, malgré les grandes colères contre la spéculation, c·cst encore à la 1lbertô absolue du commerce que concluait le journ1\ de Prudhom,nc comme Ducos: cl la première phrase de l'article indiquait nettement qu'il n'y avait pa, li,•u lie recourir à la loi: • Il se commet actuellement à Paris et dans les principales villes de plusieurs départements un délit national, un grand délit, el contre (equel cependant la loi ne peut ni ne doit prononcer. » En fait, cette politique d'attente, de manifestations oratoires et d'inaction légale ù régard tle la spéculation ou accaparement ou même de la hausse naturelle ùes denrées était possible en 1i92; car s'il y avait alors un état économique un peu excité et instable, il n'y avait ni souffrance aiguë, ni perturbation profonde. L'assignat, qui portail la Révolution, n'était pas sérieusement ébranlé; et son crédit paraissait suffire même à de nouvelles et vastes émissions. Pourtant, en cc crédit de l'assignat, quelques points noirs commençaient à apparaitre. La situation budgétaire n'était pas bonne. Le budget de la Révolution dans les années 1701 et 1702 s'élevait, en moyenne à 700 millions par an. Or si les dépenses s'élevaien l réellement ù cc chiffre, il s'en faut que les recettes, les « rentrées •, fussent égales; les impositions de l'ancien réSime avaient été abolies, cl le,; impositions 11omelles, impôt foncier, contriuution personnelle mubilièrc, calculée, ,uiva11l un tarif assez compliqué, d'après la valeur locatil'C de raµparleme11l occupé par les citoyens, n'avaient pas encore sérieusement fonclionné. Les administrations des départements, des districts, des communes étaicn l en re~rd pour la répartition de J'i°!pôt, pour la confec-

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