HISTOIRE SOCIALISTE 1015 ------ -- -- - Il est curieux de vo:r la bourgeoisie révolutionnaire, au moment même où elle installe ses marchandises dans les locau, d'église el clans les celliers de, moines, en On sécularisés, el où il lui parait sans doute qu'elle accomplit ainsi la Révolution, exposée tout à coup à l'accusalio11 d'accaparement et aux colères du peuple. La Révolution entrechoque soudain les deux forces qui sont en elle. Mais les démocrates des Révolutions de Paris, tout en plaidant ainsi pour le peuple, l'avertissent que ces accaparements sont un plan formé par ses ' ennemis pour l'irriter el le porter à des désordres el à des excès qui compromellraient la Révolution elle-même. Ils l'adjurent donc de ne pas tomber dans le piège el de se méfier des pillards que la conlre-rél'olulion mèle aux raugs du peuple pour le discréditer. Visiblement, toute la bourgeoisie révolutionnaire, même la plus démocrate, soulîre impatiemment no11seulement ces agitations, mais ces problèmes. Sous couleur de, dénoncer les manœuvres des ennemis du peuple, elle immobilise le peuple lui-même. • Citoyens! voilà comme nous sommes lrailés par nos ennemis domestiques, envers lesquels nous nous montrons encore si généreux. Ils ont commencé par accaparer les marchandises fabriquées contre lesquelles ils échangeaient leurs assignat,, à Loule perle, pour discréditer le papier national el pour frapper de mort le commerce en paraissant le vivifier; mais ils lui enlevaient sa base, en ne tenant pas compte du signe de la fortune publique. Cette 1>remière menée n'a pas fait aux patriotes loul le mal qu'on en espérait. Les manufaclures ne purent suffire au.c demandes, la main-d'œuvre au9m~nla e11 couséque11ccdam une p1·09ression,·apidc; te salaire des artisans s'éleva en proporlion du prix des choses ouvra9ées; l'industrie du moins prospérait el semblai/ repousse1·la misère. Ce n'était pas là le compte des infâmes spéculateurs; leur intention n'étant pas la prospérité publique, ils changè1·ent de batterie en se disant: Accaparons les matières premières el faisons en sorte que le fabricant ne puisse s'en procurer ni pour or, ni pour argent, ni pour assignats; du moins, établissons un taux si e,cessif qu'on n'ose plus s'en approcher, qu'on ne puisse plus y atteindre. • Le fablicant, déjà grevé par le prix de la main-d·œuvre, aimera mieux rester dans l'inaction que de faire travailler à perte; dès lors, il congédiera ses ouvriers. Ceux-ci, sans besogne el sans pain, maudiront une révolution qui les ,·éduil à l'indigence el leur obstrue tous les débouchés de l'ir.d uslrie; ils regretteront les nobles qui les faisaient vivre, les riches qui leur donnaient de l'emploi. • Faisons que sous quinze jours il n'y ail aucune fabrique en activité, faute de matières premières; accaparom jusqu'au papier, aux ardoises el aux épingles; à cette calamité joignons-en une qui Louche encore de plus près le peuple: emmagasinons les denrées superflues d'abord, mais que le luxe d'aulrefoisa rendues aujourd'hui de première nécessité. La révolution des
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