Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllSTOIRE SOCIALISTE H\\1 quelques mois, spéculent sur le pain du pauvre et s'enrichissent de ses cruelles privations, vous ne leur accorderez pas même un sentiment de pitié. Et moi qui sais leur trafic honteux,. leurs opérations infàmes, désespér6 de ne pouvoir imprimer sur leur front une marque d'ignominie, je ne quitterai pas du moins cette tribune sans leur avoir payé le tribut d'indignation que leur doit tout bon citoyen.• (L'assemblée el les tribunes applaudissent à plusieurs rr,prises.) La faiblesse de la Gironde apparait en ce, véhémentes paroles qui cachent une conclusion à peu près négative. L'assemblée, il est vrai, sur la demande de Ducos, décida qu'il y avait lieu de présenter un projet de loi destiné à prévenir, d'une manière efficace, les accaparements et it punir les accapareurs. Mais c'était une pensée bien incertaine, et le projet ne fut!ffl\me pas présenté à la Législative. Elle pensait presque tout entière, avec le dépul~ Massey, que • fixer le prix des denrées, e'e serait porter alleinte aux principes de la Constitution, ce serait violer la propriété ». Brissot, dans son journal le Patriote Français, se borna à quelques déclamations un peu vagues el à des assurances optimistes. Il était contrarié par ces troubles économiques qui risquaient de couper en deu~ la grande armée de la Rél'olulion au moment même où il rêvait de la jeter sur l'Europe. Dans le numéro du 24 janvier, il fut très sévère pour les accapareurs:« Sans doute la loi doit sa protection à tout citoyen; mais tout citoyen ne doit-il pas aussi son tribut de patriotisme? De quel œil la patrie peut-elle envisager des hommes qui spéculent sur la misère publique, sur la baisse du change, sur la rareté du numéraire, sur le haut prix des denrées?• Mais il s'empressait, dans le numéro du 26, de démontrer que la crise ne serait pas durable, que les prix tomberaient nécessairement, qu'il fallait arrêter les alarmes et répandre la cooftance. Le journal de Prudhomme, les Révolutions de Pa,-is, s'applique tout en~emble à justifier le peuple et à. le calmer. Sous le titre:• Mouvements du peuple contre les accapareurs•• il publia un grand article que je regrette de • ne pouvoir reproduire 'en entier, mais qui est un document social très important. Les tendances confuses des démocrates révolutionnaires, à ce moment, s'y traduisent dans leur complexité. Tantôt il semble non seulementjuslifier, mais animer le peuple : • Joseph-François Delbé, ou ceux auxquels il sert de masque, pour se venger de l'insurrection de ses nègres à Saint-Domingue, veut condamner les Parisiens à avoir continuellement sous leurs yeux deux millions de sucre et à s'en passer ; mais que dirait-il si le peuple, le prenant au mot, écrivait sur la porte de ses magasins, ainsi que sur celles des autres amas de comestibles, méchamment mis hors du commerce : Salus populi suprema lez eslo. De par le peuple Deu1 millions de sucre à yendre A :lnsous la livre.

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