1012 HISTOIRE SOCIALISTE subliles combinaisons du négoce universel font varier nécessairement les prix d'un pays avec les prix de tous les autres? Les Girondins se plaisaient d'autanl nlicux à ces vastes perspectives du marché in:emalional que pour beaucoup de ses produits, par les draps dans le Levant, par le sucre dans le monde entier, la France y dominait; el cet orgueil de la force commerciale de la France dans le monde contribuait, j'en suis cerlain, à animer le rêve d'expansion révolutionnaire que les hommes de la Gironde avaient formé. lis souhaitaient volontiers à la Révolulion les horizons vastes auxquel~, par le jeu presque infini de leurs afîaires, ils étaient accoutumés. L'idée du maximum, de la réglementation intérieure du prix des denrées, des produits. de, travaux n'entrera profondt)ment dans les esprits et n'y prévaudra que lorsque le marché international sera presque détruit, lorsque la France sera comme bloquée par la guerre universelle. Ainsi, en cette crise du sucre, ,l~s janvier 1792, ce n'est pas seulement le conflit de la bourgeoisie et du peuple qui apparait. On pressent en outre les dissentiments du groupe girondin el du peuple ouvrier. Les pétitionnaires des Gobelins onlmenacé directement la bourgeoisie mercantile et feuillanliste: mais il y a aussi désaccord entre la tendance des pétitionnaires qui songent déjà, quoique timidement, à réglementer el la conception girondine. Ducos sentit bien le péril, et il essaya d'envelopper de formes populaires son refus de s'associer à une loi contre les accaparements : « C'est à regret que je refuse d'appuyer les moyens d'arrêter les manœuvres infâmes des agioteurs, qui jouent entre eux la fortune publique; mais, il faul l'avouer, une loi contre les accaparements est extrêmeruenl difficile parce qu'elle pourrait envelopper dans une même proscription le commerçant industrieux avec l'avide accapareur; parce qu'elle détruirait le commerce en l'entravant ; car il n'y a point de commerce sans liberté. Toutefois, je ne crois point que celte loi soit impossible, mais je crois qu'elle doit être mûrie avec une grande allenlion, parce qu'elle doit toucher les bornes du droit de propriété sans les dépasser. Je demanderai que le Comité de législation soit adjoint au Comité de commerce pour vous présenter, dans un bref délai, un projet de loi contre les accapareurs. • li est, au reste, n'en doutez point, un terme matériel aux maux dont les accapareurs tourmentent le peuple; celte sorte d'agiotage doit se détruire par ses propres excès: la cherté des denrées diminuera la consommation; l'échéance des engagements contractés par ces insensés les forcera à ouvrir leurs magasins; vous verrez rentrer dans la circula lion ces produits qu'ils en ont enlevés. Une grande concurrence doit amener une chute subite dans les valeurs, et les accapareurs seront les premières victimes de ce jeu funeste. (Murmures.) Heureux encore si d'honnêtes citoyens ne sont point entrainés dans l'abime ; ceux-là seront dignes de vos regrets. Quant à ceux qui, depuis
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