Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IIJSTOIRE _SOCIALIS'l'l!: 1005 bien la manière conciliante Pl var(ue de Pélion. Mais on prcssenl le jour où la brulalilé des événements voudra des pem,ées plus fermes. Ces mouvements du peuple effrayèrent vivement la bourgeoisie marchande. Plusieurs des négociants menacés ou protestèrent ou môme jetèrent un défi. L'un d'eux, d'Elbé, se di$ant a'méricain (était-ce un personnage réel ou bien le pseudonyme colleclir de plusieurs négociants à la fols arrogants et timides?) somma l'Assemblée de faire respecter son droit de propriété, qu'il poussait jusqu'au droit d'accaparement avec de~ chiffres qui sont une bravade. Sa pélilion, d"une forme provocante, fut lue sou, les murmures: • llier malin, disait-il, une section ~e la capitale admise à la barre est ,enue, les Droits de l'Homme à la main, réclamer une loi contre tous les accapareurs et singulièrement contre ceu~ des denrées coloniales dont b raretc commence à se faire sentir. Aujourd'hui, citoyen domicilié, père ne famille, je ,iens me dénoncer moi-mêmr comme un rie ces hommes qu'on cl1rrche à rendre odieux parce qu'ils croient pouvoir dispo,er librement d'une propriété légitime, " Je suis, Monsieur le Président, un ci-devant propriétaire d'habitations considérables clans celle Ile malheureuse qui n·cxiste peut-ôlre plus, Mes propriété;; sont dévastées, mes habitations brûlées, mes dernières récoltes, cmharquée;; avanl les désordres, me sont heureusement par\'enues. Je déclare donc que j"ai reçu avanl le mois de septembre, 2 millions de sucre, l million de caf,·, 100 millions d'indigo et 2;;Q millions de colon. " Les denrées sont là, dans ma maison et dans mon magasin, mais, e seront jamais cachées parce qt1'un citoyen ne saurail rougir r\'avoir exploité de belles manufactures qui faisaient la prospérité de ,a patrie. • Ces marchandises valent aujourd'hui 8 millions, rnivanlle cours ordiriaire des choses, elles doivent en valoir incessamment plus de 15. Je plains fort, Monsieur le Président, ceut qui e,timent assez peu les repr(•;entants du peuple pour solliciter des décrets allentaloires au droit sacré de propriété; mais moi, je leur rendrai un hommage plu, pur, en mellant la mienne sous la sauvegarde de ses principes; je déclare donc à l'Assemblée ,ialional, qui me lit et à l'Europe entiere qui mtrnd celle adr,s.<e, que ma volonté bien expresse est de 11evendre ac111,!le111,11t- (i auc,m p,·ix des denrées dont _ie s11isle propriétaire. (Murmurrs.) t:tles sont à moi; elle, représentent des sommes que j'ai versées dans un autre hémisphère, les terres que je possédais et que je n'ai plus, en un mot, ma fortune enlière el celle de mes enfants. Il me conviendra peut-être de les doter en sucre et en café, Toujours est-il vrai que je ne veux les vendre à aucun prix, et je le répète bien haut pour que qui que ce soil n'en doute, (Murmures.) Mais en même temps il ne me convient pas après avoir été incendié en Améri,1ue d'être pillé en France. C'esL pour faire un noble essai de la Constitution, c'est pour connaitre jusqu'l quel point elle peut garantir la propriété que fadj ure ici la force

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