994 HISTOIRE SOCIALISTE Barnave ne pourra pas se dércndre devant l'histoire d'avoir encouragé, p1r ses complaisances aux colons blancs, une résistance égoî~le qu'un peu ile fermeté eOL brisée aisément. Mais où il prenait sa revanche, c'est lorsqu'il signalait, en termes menaçants et un peu vagues, les lacunes, l'insuffisance du décret appuyé par Guadet, el dont la question immense des esclaves noirs était absente. • Du reste, disait Barnave, il ne faut pas se le dissimuler, le parti que l'on vient d'adopter entraine d'immenses conséquences; il échaulTe, il bil.te, il précipite une grande crise de la ~alure. Au point où nous sommes arrivés, la plus funeste erreur serait d'imaginer qu'on a fondé on ordre durable, el de fermer les yeux sur l'avenir; soit qu'on veuille ou favoriser ou ralentir l'elTel de cette grande impulsion, il est égnlement nécessaire de la prévoir, car si l'on ne prenait à temps des mesures puissantes ou pour prévenir ou pour diriger le mouvement qu'elle imprime, le, choses livrées à elles-mêmes arriveraient en peu d'années à des résultats plus terribles encore que ceux qu'on a vus, el tous les systèmes seraient confondus dans une calamité commune. • C'est en ouvrant ces vastes el sombres perspectives que Barnave se vengeait de la Gironde : el il est vrai qu'après le décret qui donnait satisfaction aux hommes de couleur libres, devenus, par la combinaison des événements, les alliés des esclaves noirs, ceux-ci allaient recevoir un nouvel élan vers la liberté; or, pour régler cet élan ou pour lui ouvrir une voie, Je projet voté par la Législative ne faisait rien. Ducos s'élail risqué le 26 mars, à proposer à l'Assemblée un projet en quatre articles dont l'article I" disait : • Toul enfant mnlàtre sera libre en naissant quel que soit l'état de sa mère ». L'Assemblée vola a"ec colère la question préalable, el Ducos ne put même pas soutenir à la tribune son opinion. Les troubles de Saint-Domingue jelèrenl assurément quelque malaise dans les porls et dans l'activité générale du pays. Le chilTre des échanges entre la France el les Iles élait si élevé, il représentait une part si importante de l'activité économique de la France, que la seule crainte de voir ce grand trafic aboli, ou même suspendu, ou simplement réduit, agitait gravement les esprits et les inlérêls. Pourtant, il faut se garder de croire que du coup, el dès l'année 1792, les transactions de la France a,·ec les Iles du Venl el les Iles Sous-le-Vent sont sérieusement menacées. Les cris d'elTroi des colons avaient déterminé d'abord une .;orle de panique, mais on ne larda pas à s'apercevoir que le mal était assez limité, que le nombre des établissements incendiés el mis vraiment hors d'étal de produire était faible, el qu'en bien des points les mulâtres el les hommes de couleur libres, rassurés à demi par les concordats
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==