Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

US', lllSTOf[lE SOCIALISTE lion celui d'entre nous qui a voulu prononcer un seul mol en faveur des nègres? ... Le sort alTrem des nègres esclaves n'est pas assez con nu, et ceux qui en ont q11elc1ueidée pensent 5ans doute qu'il n'est guère p ossible d'y porter du soulugemenl. .. li importe de détromper sur la prétendue impossibilité de diminuer, sans inconvénients, les rigueurs excessives de l'esclavage.• Et le député de; Doucbes-du-UhOne, se lai 0 ssant aller à ses souvenirs, expose quelques-unes des atrocités que sans doute il entendit, dès so n enfance, conter aux navigateurs. « Déchirés par lambeaux, on en a vu mille fois expirer sous le fou et ou se détruire eux-mêmes en frappant de la tête sur la pierre où ils étaient en· chainés. Pouvez-vous croire que des femmes prêles à accoucher ne sont pas épargnées? Pouvez-vous croire qu'après huit ans de travail, l'homme le plus robuste, devenu perclus de ses forces, est alors impitoyablement re nvoyé, réduit à se nourrir de souris et de bêtes mortes? Souvent le voyageur a rencontré sur sa route cette scène elrroyable d'un cadavre qui dévor e uo autre cadavre. Vous nommerai-je deux frères fameux, riches colons d u Port-au. Prince, qui ont fait périr plusieurs de leurs nègres dans le feu, et un entre autres dont le crime était d'avoir trop salé un ragolll? Vous en n ommerai-je quelques-uns de la Martinique qui naguère en ont fait briller sur de s bllchers? La Guadeloupe en a produit un qui faisâtt périr lentement les siens en leur faisant ara Ier de la cendre brillante; et quand parfois ils brisent leu rs chaines, Yous attendriez-vous d'apprendre qu'on va à la chasse de ces malheureux fugilirs comme on va à la chasse des bêles fauves, qu'on les relance avec des chiens et qu'après les avoir terrassés on porte leur tète en trio mphe à la ville? ... C'est à ce prix que sont cultivées les riches productions destinées à nos délices. • Blangilly proposait un plan d'émancipation graduelle et de ga ranties qu'il faut citer, car c'est le premier, si je ne me trompe, qui ait é lé soumis à une Assemblée française, el à ce litre, quoiqu'il n'ait pas été discuté, quoiqu'il n'ait même pas été porté à la tribune, mais com"luniqué seulement par la ,oie de l'impression, quoiqu'il parùt alors une tentative à demi scandaleu~c qu'il fallait tenir dans l'ombre, il est le prélude des lois d'alTranchissement, et il a à ce litre une véritable importance historique. • ART. 1". - Dans toute l'étendue des possessions françaises, les colons nr pourront, sous aucun prétexte, maltraiter de coups leurs e,c lues, et la d isposilion du Code noir qui limite le nombre des coups de fouet est abolie. « AHT. 2. - Le colon qui aura maltraité de coups son esclave perdra loul pouvoir sur lui. Sera le colon convaincu de son délit quand sh t émoins au• tres que ses esclaves déposeront le fait en témoignage Judiciai re. Le tri• bunal de la police recevra la plainte verbale de l'esclave. Il Jugera trois Jour■ après l'audition des témoins el prononcera l'a!rraochissements'il y a lieu. •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==