Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE les négociants. Les premiers faisaienl durement la loi aux autres. Ils disaienl au commerce: prèle-nous ton crédit en France I our écraser nos ennemis. flatter notre orgueil, etc. Telle esl la coalition qui a produil en faveur des colonies, contre la philanlhropie, ces adresses mendiées où le créancier maltraité venail encore défendre et prôner le débileur qu'il délestait intérieurement. Telle est la coalition dont la ville de Bordeaux a la gloire d'aYoir, la première, brisé les chaines en s'élevant contre les prélenlions injusles des colons: elle a senti enfin qu'un commerce solide, surlout dans un pavs libre ne pouvait reposer que sur le respect des principes et des engage,~ents, et qu'il ne convenait pas à des hommes libres de mentir à leur conscience pour vendre quelques barriques de vin ou loucher quelques intérêts de leurs capitaux; elle a senli qu'une bonne loi sur le commerce des colonies servirait mieux le commerce des colonies et la sûreté de sa dette, qu"un trafic de mensonges et d'injures. (Applaudissements.) • Dans les circonstances actuelles, venir au secours des armateurs de la Métropole, c'est venir au secours des colons: vous ouvrirez infailliulement à ceux-ci une nouvelle source de créclit, qui bientôt réparera leurs pertes. La loi que vous ferez pour donner aux créanciers le droit de saisie réelle sur les propriétés de leurs débiteurs en ne lui donnant pas d'effet rétroactif, leur assurera des secours infiniment plus considérables et plus féconds que tout l'argent qu'il vous serait possible de tirer du Trésor de la nation pour leur en faire un don ou un prêt ... Eh! pourquoi, messieurs, les colons s'opposeraientils à une loi qui réunit tant de caractères de justice? Elle existe dans les colonies anglaises. c·est la première qu·eussent promulguée les Anglais si la trahison qui se disposait à les rendre maitres de nos colonies ellt pu réussir.• L'elîort de la Gironde élait grand pour séparer les négociants des colons, el, à vrai dire, comment aurait-elle pu continuer aux colonies la polilique de Brissot si elle avait eu contre elle la bourgeoisie des ports, que ses membres les plus éminents représentaient? La tactique de la Gironde fut servie très heureusement par les délégués de Saint-Pierre de la Martinique. A Saint-Pierre, comme nous l'avons vu, il y avait des négociants qui avaient joué à l'égard des grands propriétaires de l'intérieur de l'ile, le rôle de préteurs, de capitalistes que la bourgeoisie marchande des ports de France jouait à l'égard des propriétaires de SaintDomingue. Or, les négociants vinrent à la barre de la Législative se plaind,e précisément de la mauvaise foi et des calcuis rétrogrades de leurs débiteurs obérés. Les délégués Crassous et Coquille Dugommier parlèrent à l'Assemblée le 7 décembre: « Je dois à la vérité de dire que les premiers accents de la liberté ont également ému tous les quartiers de la Marlinique; tous ont célébré avec quelque enthousiasme la destruction de la Bastille. Mais celle Impression n'a pas eu partout les mêmes elîels; elle a été pure, à SaintPierre; les citoyens ont pensé qu'ils faisaient partie de la nalion, qu'ils ne

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==