980 HISTOIRE SOCIALISTE crainte de perdre leurs fonds, ils soutenaient aveuglémont les préte ntions de leurs débiteurs. La Gironde s'efforça de démontrer aux capilalisles de Bordeaux qu' ils avaient mieux à faire, et que leur véritable intérêt était d'organiser aux colonies une procédure légale permettant aux créanciers de recou vrer ai,ément leur créance. Quelques membres de la Société des Amis d e la COnslituLion de Bordeaux, soit par conviction, soit pour aider les dé putés girondins à sortir d'une situation difficile, écrivirent à l'Assemblée une lcllre en ce sens el Drissot se hâla d'en triompher le 3 décembre: • Quel que soit le parti que vous preniez, dit-il, le plus pressant es t sans doute d'inspirer la confiance aux commerçants et aux armateurs qu i communiquent directement avec les colonies el qui peuvent leur faire d es avances salutaires. Ainsi, vous ne pourrez inspirer cette confiance qu'en détruisant un vice radical dans le régime des colonies, vice qui nécessairemen t entraine beaucoup de désordre et de défiance dans les capitalistes, el arrêt e la rai,iclilé des défrichements. Toute, les plantations pour élre défrichées ont exigé des avances de la métropole, et cependant les plantations ne peu vent Oire saisies par le négociant pour le payement de ses avances, lorsqu'il demande son remboursement à un planteur infidèle ou de mauvaise volonté. Le créancier èsl actuellement à sa merci ; la crainte du despotisme de so n débiteur l'engage à de nouvelles avances, pour ne pas perdre celles qu'il a déjà faites, el celui-ci, sOr de donner la loi, ne mel pas de bornes à ses demandes , toujours accompagnées de la menace de ruiner son créancier. De là, cette indépendance si absolue des colons de Ioule loi, de tout principe, de toute moralité; de là, leur luxe effréné, leur fantaisie sans bornes, en un mot, leur conduite en tout semblable à celle de ces riches dissipateurs qu'une éducation mauvaise a livrés à Lous les ,ices, de là aussi les rapports dispendieux entre eux el leurs créanciers, qui renchérissent aux plan leurs les chose s dont ils ont besoin, tant pour faire prospérer leurs établissem~nts que pour leur consommation journalière. • Des hommes entourés d'esclaves dès leur berceau, des hommes qu'aucun lien ne retient peuvent-ils apprendre les règles el les devoirs d'une sage économie? ELcelui qui leur prèle peut-il prendre d'autres précaution s que por des conditions qui lui servent de primes d'assurances contre un débiteur toujours menacé? Aussi ne faut-il pas s'élonnerde c·e fardeau toujo urs accablant de dettes, qui fait sans cesse désirer aux colons un changeme nt d'état, el qui met leurs créanciers dans une appréhension continuelle. • • C'est moins la perle ùu commerce el des colonies que les capit alistes redoutent (car ils portent sur des conventions solidement fondé es) qu'une banqueroute qui, tout à la fois, ferait disparaitre des capitaux con sidérables et suspendrait pour un long Lemps leurs rapports habituels. EL voilà, Mes• sieurs, le 1,ecret de la coalition qui a existé si longtemps entre le s colons et
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