Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lIIST(])ll\E SOCIALISTE d'atreclion et de bienveillance qui existaient entre ces deux cla-ssesd11ommes est présenlé par Jes Amis des Noirs comme une prétention de la vanité et un moyen d'éluder de justes réclamalions. • Oui, vanité puérile, hypocrisie el mensonge! Si les colons blancs avaienl réellement l'inten lion d'accorder aux hommes dé couleur libres l'égalilé des droits politiques, pourquoi avoir lutté si violemment et si sournoisement tout ensemble pour empêçher la Constituante de voter celle égalilé, el pour annuler ensuite le décret rendu ·1 li n'était vraiment pas blessant pour les colons que les hommes de couleur reçoivent la charte de leurs droits de la grande assemblée souveraine. Par quel calcul suprême d'orgueil prétendaient-il; humilier encore les hommes de couleur en laissant tomber sur eux l'égalité comme une aumône? El s'ils voulaient que cette législation nouvelle fût un lien entre les « deux classes d'hommes », s'ils prétendaient à la reconnaissance ùes hommes de couleur, ils avaient un moyen décisif de la mériter: c'était d'encourager l'Assemblée nationale à voter une loi de justice, et de l'appliquer ensuite loyalement. Enfin comme pour se faire une arme ùcs mall1eurs mêmes qu'ils avaient créés, les députés des colons terminaient leur réquisitoire devant la Législative, en demandant non seulement l'envoi de troupes et de secours, mais l'interdiction, la condamuation « de tous les écrits séditieux» des Amis des Noirs. La Législative entendit en silence celle diatribe. Elle flattait certaines pas~ions conservatrices : mais elle était terriblement compromellante. La Constituante avait pu se persuader qn'elle ne légiférait pas sur l'e;clavage. Par une sorte de pudeur où il entrail bien de l'hypocrisie bourgeoise, mais aussi quelque respect de l'humanité, elle slatuail sur les hommes de couleur libres; mais, tout en garantissant aux colons • leurs propriétés• c'est-à-dire, en fait, le maintien de l'esclavage, elle n'avait pas voulu prononcer le mot d'esclaves; le jour où un de ses membres, comme pour en finir avec des réticences qui pour 1e, colons étaient un danger, ,·oulul introduire dans un texte de loi, le mot • esclave •• il y eut un soulèvement de l'Assemblée. Ainsi, par une ignorance voulue, l'Assembl~e uvait maintenu le statu quo, mais elle n'avait pas fait entrer ofûciellement l'esclavage dans le sy;- tèn,e de la Révolution. Maintenant, par la révolle des noirs, la que,tion de l'esclavage sortait de l'arrière-plan obscur, où, par une sorte de consentement universel, on l'avait reléguée. L'esclavage noir bondissait la torche à la main, el l'éclat de sa fureur ne permettait plus les sous-entendus savants par où s'était sauv6e la Com;tituante. Les colons blancs eux-mêmes, pressés d'aCfinnér leur • droit », parlaient ouvertement.d'esclavage:• Nous vivions heureux au milieu de nos esclaves. • E&

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