Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

î68 IllSTOIRb: SOCIALISTE • u, seconde que celte pl'ésomplion peut Mre détruite par l'elîel d'une pi-euve contraire, mais que cette preuve conlraire est à la charge du redevable et que, si le redevable ne peut pas y pa,·vcni>', la p,·ésomption légale reprend toute sa force et le condamne à continuer le payement ... » C'était la condamnation des paysans à perpétuité. Car comment leur eOt-il été possible de fournir la preuve contraire? La preuve négative est toujours malaisée à administrer. Le seigneur, lui, était dispensé de fournir la preuve positive. li élail dispensé de produire le litre primitif en verlu duquel ses ascendants avaient concédé un fonds de terre, moyennant une redevance perpétuelle el féodale. Pour le seigneur, la possession valait lilre. Comment le paysan pourrat-il renverser ce tilre? Comment pourra-t-il établir qu'à l'origine, dans le lointain obscur et profond des siècle,, ms pauvres aïeux n'avaient pas reçu ces fonds de terre rlu seigneur, mais qu'ils avaient été aslreints à une redevance féodale soit parce que le seigneur leur avait avancé de l'argent et avait abusé de sa qualité de créancier pour les lier rl'une chaine de vassalité indéfinie, soit simplement parce que le seigneur avait usé envers eux de violence cl de menaces, soit enfin parce qu'ils étaient esclaves el serfs et que le droit féodal est la rançon de leur liberté ? Demander aux paysans de remonter ainsi le sombre cours de l'histoire, c'est demander aux cailloux, lentement usés par les eaux, la source inconnue du torr~nt. - Aujourd'hui encore, qu'il s'agisse de Fustel de Coulange ou de Waitz, les érudits ne sont point d'accord sur les origines mômes du système féodal. Est-il une sorte de consolidation foncière des hiérarchies militaires? Est-il une transformation du grand dom tine gallo-romain? L'hisloire hésite: Comment les paysans auraient-ils pu s'orienter? Comment auraient-ils pu démontrer que leurs ancêtres avaient été pleinement serfs et que c'est uniquement pour se libérer de ce servage qu'ils avaient consenti le payement à perpétuité de redevances foncières? Et pourtant, c'est cette preuve qu'on exige de lui pour le débarrasser de son séculaire fardeau. • Lorsque, par le résultat de la preuve entreprise par le redevable, il paratl que le droit n'est le prix ni d'une concession de fonds ni d'une somme d'argent anciennement reçue, mais le seul fruit de la violence ou de l'usurpation, ou, ce qui revient au môme, le rachat d'une ancienne servitude purement personne/le, il n'y a nul doute qu'il ne doive être aboli purement et simplement. • Encore une fois, subordonner à une preuve pareille la libération du paysan c'était une dérision. Et pourtant, il semble que l'Assemblée, au moment où elle accable le cultivateur, passait tout à côté du p•incipe qui aura!t pu le délivrer. Car,

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