Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIHE SOCIALl$TE 943 Piloyahle et maladroite politique! Enfin., les Feuillants, ainsi séparés, pour ain<i ,tire, de la llévolution et en perdant tous I~• jours le sens, s'imagiuèrent que le mouvement révolutionnaire et Mmocrutique était artificiel, 11ue se11l, les clubs l'entretenaient. Et ils dirigèrent contre les Jacobins des polémiques insensées qui les irritaient tout ense,nble et les grandissaient. C'est par eux que l"empereur d"Autriche fut conduh à dire <1uetous les •excès• de la Révol ,lion sortaient du club de la rue Saint-Honoré.'Un député modéré, Mouysset, alla jusqu'à demander que la salle des séances de l'Assemblée rot ouverte le soir aux députés qui voulaient delibérer olficieusement. C"était une façon de dresser, en fa ce du club des Jacobins, une sorte de club légal, nous dirions aujourd'hui un club parlemen1aire. Des pénalités furent mème proposées contre les députés qui manqueraient une séance de l'As$emblée el assisteraient à une séance des clulJs. Et pendant qu'ils s'ingéniaient à ces pauvres inventions de police, les modérés, entrant par calcul dans le système de la guerre, perdaient µeu à peu toute force de résistance. lis auraient pu, s'ils avaient été nettement, dès l'origine, le parti de la paix, embarras,er cruellement la Gironde. lis auraient pu exploiter contre elle les griefs de Robespierre. En soutenant Narbonne, ils sïoterdirent à eui-mémes de parler sérieusement de paix; ils laissèrent se créer l'atmosphère de combat et de fièvre où tous les soupçons allaient éclore, et c·esL à peine si quelques-uns d"entre eux se risquèrent à défendre mollement Delessart contre racle d"accusation si sophistique pourtant de Brissot. Aucun d'eux n'eut le courage de rappeler à Brissot que lui-mê1ue avait tenu plus d'une rois, sur les dispositions pacifiques de l'empereur, le langage qu'il reprochait à Delessart comme no crime. Aussi, malgré la force numérique qu'ils gardaient encore à l'Ass('mhlée législative, les Feuillants étaient,.ils en mars sans puissance réelle. La Gironde, hardie el soulevée par le souille révolutionnaire, devait l'emporter. Le roi, dans l'af!olement qui suil'it la dislocation du ministère par la brouille de Narbonne et de Bertrand, la mise en accusation de Delessart et la mort de l'empereur, chercha, non le salut, mais quelques mois de réµit, daus un ministère girondin. C'est le 16 mars que le ro~ annonça à l'Assern!,lée législative qu'il venait de nommer de Larnste ministre de la marine et Dumouriez ministre des affaires étrangères. Au reste, comme pour alle-ter le déclin de l'autorité royale, Dumouriez avait pris les devants et, quelques heures plus tôt, avertit lui-même directement l'AssemlJlée. De Grav<' dait déjà depuis quelques jours ministre de la guerre. Le 24 mars, le roi annouçait à CAssemblée qu'il venait de nommer Clavière aux finances, ou, comme l'on disait alors, aui contributions publiques, et Roland de la Platière à l'intérieur. Et celle rois, le roi faisait parvenir aux députés une note où il donnait a raisons de son chou. C'est l'aveu d'une volonté désemparée et à la deri,e

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