Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

94.2 HIS'fOJRE SOCIALISTE touche la politique exlérieure, ils n'avaieul pas lrahi, ils n'avaient pas conseillé l,1trahison; mais ils avaient accepté d'être les conseHJ.ersde la Cour qui, elle, trahissait. Plusieurs d'entre eux, écarlés de l'action publique par la loi qui décidait la non-rééligibili lé des Consli luants, s'élaienl réfugiés dans l'action occulte, et leurs relalions avec la Cour ne furent point assez secrètes pour échapper au regard de la Révolution défianle; elles furenl assez mystérieuses pour prèLer à Lous les soupçons et pour susciler la légende (à moitié vraie) du comité autrichien. Dans la question de la guerre, ils avaienl élé aussi rusés, aussi équivoques que la Gironde, mais avec beaucoup moins d'esprit de suite et de clairvoyance. La Gironde pouvait équivoquer et tromper. Elle pouvait amorcer la grande guerre de propagande en paraissanl ne proposer d'abord qu'une sorte d'expédilion de police contre les émigrés. Elle savait bien qu'une fois en mouvement, la guerre, par sa Lerrible logique, se développerait. Au contraire, les Feuillanls se livrèrent, ou du moins plusieurs d'cntro eux, à l'espoir insensé qu'ils pourraient sans péril ouvrir la guerre, qu'ils la gouverneraient et limileraienl à leur gré, et qu'ils la feraienl lourner à l'a!fermissemenl de l'autorilé royale. lis metlaient en lrain eux-mêmes la machine formidable qui devail les broyer. Même aveuglemenl, même débililé dans la politique intérieure. lis ne comprirent pas que la vigueur des mesures destinées à réprimer la co11lrerévolution pouvait seule les sauver. Car la Rérnlulion, forte au dedans, serait beaucoup moins Lenlée de chercher une diversion au dehors; el c'est dans la paix seulement que pouvaient se concilier l'autorité royale transformée et la Révolution. lis paralysèrent les décrets contre les prêtres factieux, et la démarche du Directoire de Paris, inspirée par eux, permit à Louis XVI d'opposer son veto aux lois contre les prêtres reheiles. Leur conduite dans les affaires du Midi, d'Arles, d'Avignon, de Marseille, ful lente el molle; et pour n'avoir pas soutenu à temps les patrioles menacés p'ar les nobles et les papisles, ils laissèrent s'installer dans le Midi une anarchie sanglante. Les soldats du régiment de CM.Leau-Vieux,condamnés à la suile des événements de Nancy, excilaienl la vive sympalhie des révolulionnaires. La fuite de Varennes avait révélé les manœuvres de Bouillé contre la Révolution, el ainsi ils apparaissaient comme des marlyrs. L'idée de les arracher au bagne et de les recevoir avec éclat à Paris devail venir nalurellement aux amis de la liberté. Les Feuillants s'opposèrent avec une violence incoi,npréhensible à cetl~ Mlhrance el à celle fète. et le grand poète André Chénier, qui était la lyre des r·euillanls, épuisa sa verve outrageante, ses Iambes splendides et amers à railler ou insuller les soldats délivrés el leurs awù.

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