Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

766 IIIS'l'OIRE SOCIALIST!l la vie moderne, élail à la fois surannée el oppressive, qu'elle gênait le développemenl nécessaire de la pleine propriété paysanne, el qu'au risque de froisser la propriélé bourgeoise elle-même au point où elle adhérail à la propriété féodale, il fallail déll'Uire celle-ci. C'élail là l'imlincl irrépressillle ùes. paysans. Mais la doctrine cle l'Assemblée élail loute contraire, el elle s'èpuirnil à démonlrer au, paysans que s'ils se soulevaient c'était à la suite de manœuvres ou d'excilalions contrerévolutionnaires. b'able puérile! J,;lles'épuisait aussi à dénoncer les municipalités rurales, organe naturel de l'émancipation paysanne : • Les explicalioDs données à cet égard, déclarel-elle, par le décret du 15 mars 1790, paraissaient devoir rétablir à jamais, dans les campagnes, la tranquillité qu'y avaient troublée de fausses inlerprétalions de celui du 4 aoûl 1789. Mais ces e.,plicalions elles-mêmes ont élé, en plusieurs conlrées du royaume, ou méconnues ou allérées; el, il faut le dire, deux causes arnigeanles pour les amis ile la Constilulion et, par conséquenl, de l'ordre public, ont favorisé et favorisenl encore le progrès des erreurs qui se soDl répandues sur cel objet importants. • La première, c'est la facilité avec laquelle les habitants des campagnes se sonl laissés enlralner dans les écarls auxquels les onl excités les ennemis mêmes de la Ré,olution, bien persuadés qu'il ne 1>eul y avoir de libe1·lé là où les lois sonl sans force, el qu'ainsi on e$L toujours sClr de conduire le peuple à l'esclava'ge, quand on a l'art de l'emporter au-delà des bornes élalJlics par les lois. • La seconde, c·est ta co11duilede certain, corps admiuistratifs. Chargés par la Constitution d'assurer le recouvrement des droits de terra(Je, de champart, de cens ou autres dus à la nation, plusieurs de ces corps onl apporté dans celle pal'tie de leurs fonctions t111e insouciance et une faiblesse qui ont amené et multiplié les refus de paiemeut de la pa,·t des ,·edevables de CÉlat, et 0111, par lïnfluence d'u11aussi funeste exemple, propagé chez les redevables des particuliers l'esp,·it d'in.<ubordination, de cuµidité, d'injustice. » En ces doléances irritées de l'Assemblée apparaH la puissan,e révolutionnaire el populaire de la vie municipale. Penctanl que dans les villes certaines assemblées primaires de seclion appellenl les pauvres, les ouvriers à la vie publique donl la loi les excluait, dans les campagnes, les municipalités se fool souvenl les complices, les tutrices de la ré,olle paysanne contre la loi bourgeoise, soutien ùu vieux syolème féodal. El je note ici un lrait qui semble a,•oir échappé à~. Sagnac. Les municipalités ayant reçu de la loi la faculté d'acheter de l'Elal les biens nationaux el de les gérer jusqu'à ce qu'elles les aienl revendus aux parliculiers, beaucoDp de municipalités profitaient de celle gestion pour donner l'exemple de l'abolilion complète des droits féodalll,

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