Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

924 HISTOIRE SO CIALISTE • 5• Que le gouvernement français reconnaisse la validité des traités qui subsistent enlrç lui el les autres puissances de l'Europe. • Ilien qu'à formuler ces conditions, l'empereur aurait soulevé la France. Mais il veul éviter encore ce qui peul amener une explosion. • La nation française, écrit Mercy, est divisée en di!férenls partis. 11est précieux d'entretenir celle division; elle seule peut opérer sans de violentes secousses la ruine de la Constitution. Si cette dernière est ouvertement attaquée par le dehors, alors tous lespartis se réuniront pour la défendre, et la nation entière, cédanl au prestige de sa prétendue liberté el égalité, croira devoir lui faire le sacrifice de ses dissensions intérieures. • El même en ce qui concerne les conditions précises el, semble-l-il, provocatrices, énumérées plus haut, Mercyajoute, dans la m~me lettre du 10 février: « Pour donner à ces propositions el déclarations le poids nécessaire à les faire valoir, l'empereur olfre indépendamment de son armée déjà exis• tante aux Pays-Bas, de faire marcher quarante mille hommes, pourvu que le roi de Prusse convienne d'employer une force égale au succès du plan proposé; ces forces ne doit>entpas débuter par être actives, el ne peuvent même le devenir qu·aulanl que la nation française, par quelque acle de violence el une réticence invincible, n'amenât par son propre fait les choses à un terme exlrème. • Toute celle politique de l'Autriche est encore ambiguë, suspendue, el ce n'esl vraiment pas un torrent de guerre que la Révolution avaH à refouler ou à détourner. 11semble bien que si elle l'eûl voulu, elle aurait eu quelques chances de sauver la paix sans abdication, sans concession aucune. Marie - Antoinette vil lr~s bien qu'il y avait encore là des moyens dilatoires, el le 2 mars elle répond à Mercy : • La nation est en elfel divisée en dilîérenls partis, mais il n'y en a qu'un seul dominant tous les autres. Soit lil.chelé, indolence ou division même intérieure dans leur, opinions, aucun n'ose se montrer, il n'y a qu'une force extérieure, el quand ils seront oûrs d'être soutenus, qu'ils auront le courasc de se prononcer pour leur vrai intérêt el ceux du roi. Les idées de l'empereur sont bonnes, el les articles de la d6claralion me paraissent bien, mais tout cela aurait été mieux il y a six mois.· Cela fera perdre encore du temps, et on n'en perd pas ici contre nous. Chaque jour amène sa calamité el aggrave le mal. La perte de toutes les fortunes particulières, la banqueroute, la cherté des grains, l'impossibilité de les lransporler d'un endroit à un autre, le manque tolal du numéraire el le peu de confiance que l'on a dans le papier, el enfin la manière dont on avilit tous les jours davantage la puissance du roi, soit dans des écrits et paroles, soit en tout ce qu'on l'oblige de dire, d'écrire cl de fair~, tout annonce une criseprochaine, et s'il n'y a pas un 1outien ext6rieur, comment pourra-t-il !aire tourner celle crise à son avantage?•

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