Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

022 l!ISTOIRE SOCIALlS'l'i, Le ministre des affaire, étrangères, Delessarl, que la füronde accusera tout à l'heure de complicité criminelle avec la Cour, travaillait contre la guerre, c·e,lrà.-dire à la fois contre la Cour et contre la Gironde. Entre lui et la reine, il n'y avait aucune communication. C'est tout à. fait en secret qu'elle arnil reçu Simolin, el il était chargé d'un message que le ministre ignorait. I,t au moment où elle se décidait à la guerre, la reine se sen lai( plus éloignée que jamais des sœurs de Loui, XVI, car c'est dans une toute autre pensée qu'elle s'y décidait; elle gardait toujours au cœur sa haine conIre les émigrés et contre les princes frères du roi. Le roi lui-même élail indécis cl pcsanl. Avec un seul homme. maintenant elle pouvait parler en oonfiaocc, avec celui qui pour préparer la fuite de Varennes, avait afTroolé tous les périls; un mutuel amour, mélancolique el comballu, liait ~'crscn el la reine, el cet amour s'était exalté chez l'un jusqu'au sacrifice, chez !"autre jusqu'à l'acceptation du sacrifice. li est vrai que le voyage était aussi 'dangereux pour la reine que- pour Fersen. neconnu, l'ancien cocher du départ pour Varennes, était perdu, mais la reine, suspectée ou accusée d'a10ir machiné un nouveau projet de fuite, pouvait être compromise aussi. Leur émotion dut élre grande quand, dans le mystère toujours menacé des Tuileries, ils s'enll·elinrenl de ce triste 10yage de Yarenncs, quand la reine en conta quelques détails à Fersen qui ' les a notés dans son journal. Mais ce poignant retour du passé ne pouvait être que d'une heure. C'est !"avenir quïl fallait régler. L~ersenessaie de nouveau de décider le roi à fuir, ou tout au moins à combiner la fuite avec la guerre. Fer$eo se !ail auprès du roi le représentant des tendances absolutistes. Il lui semble que si Louis XVI, après la déclaration de guerre, reste au milieu de la névolution, cl avec le 1ôle de médiateur que prévoit pour lui l'empereur d'Autriche, Loui, XVI tera trop de concessions au t iùées nouvelles. Qu'il s'évade, au contraire, qu'il consente à être enlevé par les envahisseurs, ce n'est plus comme négociateur entre la Révolution et la contre-révolution qu'il interviendra, mais comme chef des forces contre-révolutionnaires. « Le 14 {février), marJi : 'l'rès beau et très doux. Vu le roi à six heures du soir. Il 11eveut pas partir, et il oe peul pas à cause de l'extrême surveillance; mais, dans le vrai, il s'en fait un scrupule, ayant si souvent promis de rester, car c'est un honnête homme. Il a cependant consenti, lor,que les armées seront arri vécs, à aller avec des contrebandiers, toujours par les bois, el se faire rencontrer par un détachement de troupes légères. Il veut que le congrès ne s'occupe d'abord que de ses réclamations, el si on les accordait, insister alors pour qu'il sorte de Paris dans un lie_ufixé pour la raUOcaUon. Si oo refuse, il consent que les puissances agissent, et se soumet à tous les dangers. li croi Loe rien risquer, car les rebelles en ont besoin pour obtenir une capitulation. li (le roi) portait le cordon rouge. Il voit qu'il n·y a de ressource que la force, mais, par une suite de sa faiblesse, il croit impossible de re• prendre toute son autorité. Je lui prouvai le contraire, dis que c'élall par la

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