Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE 003 Vraiment, à l'heure où nous commençons à pressentir que la guerre esl inévitable, que la France y esl entrainée par les passions des hommes ou par la force des choses, par l'énervement des esprits et par les manœuvres des partis, à la veille de celle grande et tragique lutte où la Révolution sera aux prises avec loul l'ancien régime el se débattra contre loules les trahisons, nous voudrions jeler un voile sur les fautes de ses amis, sur les intrigues de ses défenseurs. Mais il esl bien difficile de ne pas témoigner quelque impatience à cc langage de Brissot. Pour alliser les passions guerrières, pour surexciter l'orgueil el la colère, tous les moyens lui sonl bons el les contradictions les plus impuùeutes ne l'eliraienl pas. Ce qu'il dil, en cette séance du 17 janvier, est exactement le contraire de ce qu'il disait en octobre, en décembre el m6me au con,mencemenl de janvier. Alors, pour rassurer la France, pour la prendre doucement dans l'engrenage, il disait : « Nous avons alîaire aux électeurs, aux émigrés : l'Empereur veut la paix : il a besoin de la paix. • Maintenant que les électeurs dispersent les émigrés, Brissot s'écrie : • Que vous importent les électeurs, que vous importent les émigrés? C'esl !'Empereur qui esl votre ennemi, c'esl !'Empereur qu'il faul combattre. • c·est le parli pris presque cynique de la guerre, c'est la guerre à tout prix. Je · serais presque tenté de dire que la seule excuse de la Gironde esl précisément dans la grossièreté de se~artifices. Pour qu'ils aient réussi, il faut que la nation éprouvât je ne sais quel besoin profond de dissiper par une action décisive toutes les inquiéluùes el tous les cauchemars. liais dans celle impatience nerveuse qui livre la France aux S?phismes presque outrageants, aux contraùiclions presque méprisantes de Brissot, je trouve, à celle date, plus de débilité que de grandeur .. Vergniaud couvrit d'un beau langage, el d'une sorte de noble passion oratoire, les roueries poliliciennes el belliqueuses de Brissot. • Je ne vous parlerai pas de l'inquiétude vague qui tourmente les esprits, de l'anxiété qui fatigue les cœurs, du découragement qui peut naitre dans les âmes faibles des longues angoisses de la Révolution. Je ne vous dirai point qu'on emploiera fous les moyens de séduction pour faire dévier les citoyens de la route du patriotisme. « De toute part, vous marchez .sur une lave brillante, el je veux croire que vous n'avez pas d'éruptions violentes à redouter. liais je dirai: on a juré de maintenir la Conslitulion parce qu'on s'est Dallé qu'on serait heureux par elle. Si vous laissez les citoyens livrés sans cesse à des inquiétudes déchirantes, à _desconvulsions continuelles, si ,·ous permettez que leurs ennemis las rendent lrop longtemps malheureux; si vous laissez établir l'opinion que ces malheurs onl leur source dans la Révolution, n'aurez-vous pas à redouter, alors, que chaque jour n'éclaire une nouvelle défection de la cause des peuples? .•,

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