900 HISTOIRE SOCIA LISTI!: bonheur el à la tranquillité de la France. Personne n'a pensé qu'un prince aussi éclairé pût partager les absurdes craintes de l'électrur d!l Trèves de se • voir attaqué par des municipalités ou des provinces sans l'ordre du roi. o.; en a généralement conclu que !'Empereur avait saisi ce prétexte pour soutenir les princes et faire approcher ses troupes du territoire français. Un cri général de guerre s'est fait entendre el on ne doute plus ici qu'elle n'ait lieu. « Mais avant que de s'engager de manière à ne plus pouvoir reculer, il fou Irait fixer ses regards sur les malheurs de tout genre el sur les suites de la guerre. • On conçoit fdcilemenl tout le mal qui en résultera il pour la France; si l'on devait à ce prix voir renaîlre l'ordre et la prospérité, on pourrait consentir à faire ce terrible sacrifice, mais ce serait cruellement s'abuser que de le penser. Si la guerre a lieu, elle sera terrible; elle se fera d'après les principes les plus atroces; les hommes exaspérés, incendiaires, auront le dessus; leurs conseils prédomineront dans l'opinion. Le roi, dans la nécessité de combattre son beau-frère et son allié, sera environné de défiances, et, pour ne pas les augmenter, il sera obligé de forcer les mesures, d"exagérer ses intentions. Il ne pourra plus employa ni modération ni prudence sans par.iilre d'accord aYer.l'empereur el donner .ainsi des armes très fortes à ses ennemis, el même à celle partie des honnNes gens qu'il est toujours si facile de séduire. Les émigrés, comptant sur le secours de l'empereur, deviendront plus obstinés, plus difficiles à réduire, et la querelle s'établissant ainsi entre deux partis extrêmes, les partis modérés, raisonnables el l'intérêt véritable seront aussi oubliés que les pri11cipesde l'humanité. » c·esl l'appel désespéré à la paix, c'est le cri d'agonie des constitutionnels, des modérés, qui se sentent définitivement perdus par l'approche de la grande guerre. En quelle mesure la rei11e s·associail-elle aux pensées qu'elle transcrivait cl transmettait? li e,t malaisé de le dire, car le rond de son cœur dev.lit être singulièrement trouble el mêlé. Elle devait redouter la crise de la grande guerre qui allait, si je puis dire, surexciter Ioules les passions el tous les périls. ~lais elle commençait à sentir aussi que toutes les voies moyennes n'aboutissaient pas, et elle pouvait espérer d'une grande commotion le salut dèfiuitif. Ses amis les plus passionnés, comme Fersen, désiraient la guerre. Elle recopiait clone le mémoire de Barnave el de Lameth d'une main à demi machinale, d"une 0.me à demi consentante, se remettant surtout au hasard des choses. Barnave devina toutes ces fragilités, el il partit pour Je Dauphiné, laissant dans les papiers des Tuileries des traces qui lui furent mortelles. E,t-ce ce départ de Barnave qui a donné l'idée qu'entre la Cour et les constitutionnels tout était rompu? Le journal de Brissot écrit à la date du 16 janvier : • Le règne des Barnave et des Lameth à la Cour est passé. Ils ont été dis-
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