Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

886 lll-TOlllE SOCIALISTE droits de la nation, elle ne les outragera point dans les autres hommes. Jalouse de son indépendance, résolue à s'ensevelir sous ses ruines plulôl que de souffrir qu'on o~âl lui dicter des lois, ou même garantir les siennes, elle ne portera point alleinle à l'indépendance des aulres nations. Ses soldats se conduironl sur une terre étrangère comme ils se conduiraient sur celle de leur patrie s'ils étaient forcés d'y combattre, les maux involontaires que ses troupes auraient fait éprouver aux citoyens seront réparés ... La France présentera au monde le spectacle nouveau d'une nation vraimenl libre, soumise aux règles cle la justice, au milieu des orages de la guerre el respectant partout, en tout temps, à l'égard de tous les hommes, les droits qui sont les mêmes pour Lous. • (Applaudissements.) Evidemment Condorcet répugne à la guerre. Il en reconnatl ou paratl en reconnaitre la nécessité : mais on dirait que renonçant à contrarier directement le mouvement belliqueux il essaie une sorle de diversion en rappelant la Révolu lion à son idéal pacifique. Surtout il semble redouter « la guerre de propagande •· Il comprend que libérer les autres peuples par la_force ce serait encore les asservir. Quelques jours avant, l'orateur populaire Louvel s'était écrié à l'Assemblée, avec un lyrisme extraordinaire: «Laguerre I et qu'à l'instant la France se lève en armes. Se pourrait-il que la coalition des tyrans fùl complète? Ah! lanl mieux pour l'univers! Qu'aussitôt, prompls comme l'éclair, ries milliers de ciloyens soldats se précipilenl sur tous les domaines de la féodalité! Qu'ils ne s'arrèlenl qu'où finira la servitude; que les palais soicnl entourés de baïonnelles ; qu'on dépose la Déclaration des Droils dans les chaumières; que l'homme, en tous lieux instruit et délivré, reprenne le sentiment ~e sa dignité première ! Que le genre humain se relève el respire 1 Que les nations n'en fassent plus qu'une; et que cette incommensurable famille dfl frères envoie ses plénipotenliaires sacrés, jurer sur l'autel de l'égalité du droit, de la liberté des cultes, de l'éternelle philosophie, de la souveraineté populaire, jurer la paix universelle! • Cet enthousiasme démesuré inquiélail Condorcet : il prévoyait qu'à vouloir réaliser par les armes la fraternité universelle el l'universelle paix la France de la Révolution risquerait d'accrollre les conflils et les haines ; que d'ailleurs aucune négocialion séparée avec di ver, Elals ne restait possible dans ce système. Et il demandait que les lois des autres peuples el leurs préjugés mêmes fussent respectés. Mais, n'élait:ce point ôler à l'esprit de guerre un de ses alimenl.s? Condorcet, en mathématicien qui calcule les forces, semblait renoncer à réfouler l'extraordinaire mouvement guerrier déchaîné depuis des mois: mais il s'appliquait à le contenir. Le Journal de Prudhomme et Robespierre luttent directement : ils essaient de briser le courant de guerre plus violent Lous les Jours. Dans le nÙméro du 17 au 24 décembre, les Révolution, de Paris publient un vigou-

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