Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOlHE SOCIALISTE 759 droit de lods et ventes il ne pOl ûtre perçu. Et ainsi elle ordonna le rachat total indivisible, c'est-à-dire lïmpossibililé du rachat, c'est-à-dire le maintien, en fait, du régime féodal. El une des 1->arliesles plus importantes, les plus intéressantes de l'action révolutionnaire pendant cinq années sera précisément l'im'Ilense e[orl du paysan pour obtenir l'application du principe général proclamé le 4 aoOL. Celle action révolutionnaire continue, celle pression des paysans sur la bourgeoisie, les grands historiens de la Révolution ne semblent pas y avoir pris garde. Michelet, qui a pourtant le sentiment si vif des intérêts économiques, n'a pas vu celle lulle profonde. Louis Diane ne parall même pas la soupçonner. Il semble, à le lire, que dans la nuit du 4 aoùt jaillit suudain une colonne de lumière el que la Révolu lion ressemblat à une révélation. Quant aux conséquences du décret du 4 aoOl, aux résistances qu'il rencontra, aux lulles que durent souteni,• les paysans, il les ignore. Le, historiens ont ainsi faussé pour le peuple l'aspect el le sens de la Révolution. li a semblé à les lire qu'une société nouvelle avait jailli d'un jet, comme une source bouillonnante. Or, même clans une ardente période révolutionnaire, de 1789 à 1795, même après l'abolition en principe du régime CéoJal, c'est pièce à pièce seulement, el sous des efforts répétés, que tomba la propriété féodale. Sans la lenacilé profonde du paysan, la féodalité durerait peut-être encore en partie, malgré l"éblouissante nuil du '• aoùl. L'expropriation de la féoda- !ilé s'est faite par morceaux, même en pleine pi'riode révolutionnaire. Grand exemple pour nous el gui nous apprend à ne pas dédaigner les expropriations partielles et successives du capitalisme. Pour n'être pas ramassée en un point indivisible du temps, la Révolution ne ces;e pas d'être révolutionnaire. La véritable éducation révolutionnaire, c'est de faire entrer dans l'esprit du prolétariat 1e sens réaliste de l'histoire. Un des points qui blessaient le plus les paysans dans le décret du 15 mars 1700, c·est que les seigneurs, pour continuer à percevoir les droits féodaux, n'étaient pas tenus de faire la preuve qu'ils avaient en elTel un droit sur les tenancier~. Quarante années de possession suffisaient, et c'élail au tenancier à raire la preuve qu'il était chargé indOment. Preuve impossible• Le malai3e et l'irritation se manifestent dès le printemps de 1700. Les· protestations abondent: j'emprunte le texte de plusieurs d'entre elles à l'appendice du livre de M. Sagnac qui les a notées aux archives nationales. Voici par exemple un extrait ct"uprocôs-verbal de l'Assemblée admini;trative du département des Basses-Alpes. (Séance du 29 novembre 1790. • 11. Dernardi a dil : Le tilre III, article 36 de la loi du 15 mars, porte que les contestations sur l'existence ou la quotité des droits énoncés dans l'article premier seront décidées d'après les preuves autorisées par les statuts, coutumes el règles observées jusqu'à présent. •-Or, quelles règles décidaient parmi nous ces questions importantes? li \

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