Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IIJSTOIRE SOCIALISTE le rapponleur, François de Neufchàteau, se borna à objecter <1u·c11cétait • pTématurée ». El il ajouta : " Elle est une des mesures générales qui vous sorll réservées après avoir entendu les comptes que vous demandez aux ùirectoires des départements. " La Révolution se ménageait ainsi cette arme redoutable. Il y eut débal aussi sur un article additionnel d'Albilte. Celui-ci craignait évidemment d'exaspérer une partie des populations catholiques en leur refusant tout moyen de culte si elles ne se ralliaient pas au prêtre constitulionnel. Il proposa ceci : • Les églises ou édifices nationaux ne pourront ûtre emplo~és à l'usage gratuit d'aucun autre culte que celui qui est entretenu au, frais de la nation. Pourra néanmoins toutr association religieuse acheter crlles desdites églisPS non employ,'es audit culte, pour y exercn· publiquemeut le sien, sou, la surveillance des autorités constituées, en se conformant aux lois de police et d'ordre public. » Cela paraissait très libéral, mais c'était la destruction de la loi, à moins que ce ne rot une disposition tout à fait vainc. Si les catholiques, qui ne reconnaissaient point le prêtre constitutionnel, poul'aiont acheter les édifices 11011 consacrés au culle légal dans les paroisses où celui-ci 1'erail nul, les édifices religieux appartiendraient bientôt aux pr~tres réfractaires. ~lais ceux-ci, allait-on exiger d'eu, le serment? Si on le leur demandait, l'amendement Albitte n·avait plus d'objet. S'ils en étaient dispensés, Ioule la 1oi tombait, et des prêtres, ayant refusé le serment, étaient autorisés à dire publiquement la messe dans les édifices mômes, qui, la veille, servaient au culte, sous la seule condiUon que les fidèles groupés autour d'eux les eussent acquis de leurs deniers. Vergniaud, Guadet, désirant sans doute ne pus pousser jusqu'au bout la guerre religieuse, seml,lèrenl un moment sympathiques à la motion Albitte. )lais quelle inconséquence dans la Gironde! ils craignaient de surexciter au dedans le fanatisme catholique; ils voulaient autant que po~sible amortir le conflit entre le culte constitutionnel et les habitudes anciennes, et en même temp,, ils toléraient et ils encourageaient les manœuvres de Brissot qui, du rond du Comité diplomatique comme à lu tribune de l'Assemblée, poussait à la guerre contre l'Europe. Comme si le conflit tragique de la Révolution avec l'étranger n'allait pas aggraver d'un coefficient formidable tous les conflits intérieurs! La trompette guerrière du gironùin lsnard déchirait les oreilles et exaspérait les nerfs, au moment même où ses amis essayaient d'adoucir un peu le choc des préjugé; catholiques et de la Révolution. François de ;seufchûteau démontra aisément, au nom du Comité, que la disposition d'Albitte, qui rouvrait les temples aux prêtres réfractaires, était en contradiction avec Loule la loi qui les frappait, el pour obtenir le vote définitif de l'ensemble, il résuma en quelques formules brèves et fortes la doctrine lalque de la Révolution : • Je demande si l'on peul invoquer la tolérance pour des opinions qui ne

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