Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

848 HISTOIRE SOCIALISTE !'efTel de son refus de sanclion, le roi Ill connaitre à l'Assemblée, le 16 no• vembre, une proclamalion aux émigrants el une lellre à ses frères. 11pressait les émigrants de rentrer, de renoncer à tout projet de violence. • Revenez, c'est le vœu de chacun de vos concitoyens; c'est la volonté de votre roi. • li pressait aussi ses frères de le rejoindre. • Je vais prouver par un acte bien solennel el dans une circonstance qui vous intéresse, que Je puis agir librement. Prouvez-moi que vous êtes mon frère el Français en cédant à mes instances. Votre véritable place est auprès de moi. Votre inlér~l, vos sentiments vous conseillent également de venir la reprendre et Je vous y invite el, s'il le faut, je vous l'ordonne. » Vains appels el dont Louis XVI connaissait bien l'inanité. Mais ces documents sufOrenl à empêcher tout mouvement d"opinion un peu vif contre le rel"usde sanction. Le pays aimait à se persuader que le roi, tout en prouvant sa liberté par ce refus même, essayait loyalement de mettre un terme aux agitations des émigrés el aux intrigues des princes, el le conflit entre la royauté cl la Révolu lion ne se précisait pas. Le 15 novembre, à la Législalivc, c·esl le chef des modérés Viénot-Vaublanc qui succède à Vergniaud au fauteuil de la présidence. Mais une autre queslion brO.lanle est jetée dans l'Assemblée : il devenait urgent de réprimer les manœuvres factieuses des prêtres réfractaires. Le 12novembre, au nom du Comité de Législation, le rapporteur Velrieu faisait une peinture très inquiétante de l'agitation cléricale. « Il n·est pas de moyens que les prêtres perturbateurs n'emploient pour renverser s'il est possible la Constitution que nous avons juré de défendre, pour l'anéantir dans les horreurs d'une guerre civile. Insinuations perfides, mesures sinistres, propos séditieux, écrits incendiaires, calomnies contre la loi qui nous a arrachés à la servitude, d6sordres domestiques, insultes envers les autorités consliluées, refus des sacrements par les cw·és 110nremplacés, envers ceux qui ont acquü des biens nationaux; coalition de ces prMres avec les ci-devant nobles; rébel• lions ouvertes à l'installalion des curés amis de la pureté de l'Evangile; outrages sanglants faits à ceux-ci au pied même des autels; rassPmblements formés devant les églises pour troubler le service divin; hordes de femme;; égarées el séditieuses; curés chassés, poursuivis, assassinés; enfin, citoyens aigris, formés par une haine fanatique et prêts à s'entrégorger, voilà, Messieurs, l'idée rapide el générale des maux qui désolent une partie de l'Empire français. • .Mais le Comité où dominaient des influences modérées, se bornait à proposer, le 14 novembre, un projet de décret exigeant des prêtres le !ermenl civique el privant de leurs pensions el traitements ceux qui ne le prêteraient point. Isnard fil de nouveau gronder ses foudres : c Je souUens, Messieurs, qu'il n'est qu'une loi vraiment appropriée à ce genre de délit : c'est celle

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==