HISTOII\E SOCIALISTE 755 systématique, plus passionné, où la volonté du peuple serait portée à son erpression suprême. Les tulles tragiques de la Révolution el de l'Europe feront jaillir ce système de démocratie; mais il était déjà tout au fond de la pensée des ConsliluanLs, el il ne faut pas oublier que beaucoup des hommes de la Constituante n'eurent pas besoin de se transformer pour aller à la Convention : il leur suffit de laisser agir en eu~ la logique profonde de leurs idées premières que tout d'abord le poids des traditions historiques avait à demi comprimées. Dans la conscience de la Consliluante, on pourrait démêler, en y regardant bien, à côté de la joie grave et forte d'avoir vraiment créé un monde nouveau, je ne sais CJUellemélancolie d'avoir retranché beaucoup des hardiesses de l'idée, el déjà on pressent, en ces e;prils modérés el sévères le germe encore obscur ù'une œuvre plus audacieuse. Sous la majesté mesurce el sereine de la première œu1re révolutionnaire, on démêle, pot1;•rmprunler une belle expression de hl"' de Lespinasse • l"àme de douleur el de feu• d'une Ré1olulion nouvelle. Ainsi apparaissent les limites de ce qu·on a appeié la mélhode •marxiste• en hbloil'e. La conception du matérialisme économique qui explique les grands érénemenls par les rapports des cla,ses esl un g•1iJ.nr,xcellenl à travers la complication et la confusion des fait,, mais die n·~!)ui;,e pas la réalité de l'histoire. D'al,ord, il est à peine besoin de dire qu·ene ne nous donne pas la clef des diversités indiliduelles. Pourquoi, par exemple, Hobespierre :ut-11 le théoricien fanatique de la c1émocratie, tandis que Barnave élail l~ li.Jforicieu brillant de la bourgeoisie? Pourquoi Roùespierre avait-il une sorte d'adoration pour Jean-Jacques et pourquoi Barnave écrivait-il de lui qu'il a1ait rendu fous bien des hommes qui, sans lui, n·auraienl élé que des sols? Et ce n·cst pas seulement !"action, la pemée des hommes éclatants qui ne peul s'expliquer lout entière, ù un moment donné de l'histoire, par le seul jeu ou par le seul reflet des inlérèls de classe; il n'y a pas dans l'immense multitude humaine en fermenlalion, un seul individu dont loul l'èlrc moral, Ioule l'action puissent ainsi élrc déterminés par l'influence elclusive des rapports économiques. , Il n'y a pas d'individu humain qui cesse toul enlier d'ûlrc un homme pour devenir uniquement un individu de classe, el ainsi en d'innomùrables consciences, en d'innombrables centres d'énergie, un fond à peu près indéfinissable d'humanité, de traditions lointaines el d'aspirations confuses, se mêle à l'action déterminée des inlérét,s immédiats. Mais il y a mieux, et les classes elles-mêmes, comme telles, n'ont pas exclusivement une conscience de classe. De même que sous des températures di!férenles, les mêmes éléments chimiques réalisent des combinaisons très variées, ainsi il y a une lempéralure morale, une température humaine qui, des mêmes éléments économi<Jues,
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==