Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

746 lllSTOIRE SOCIALISTE • Ce pleio pouvoir sera écrit en encre blanche et remis le plus lôl possible à la personne qui remettra celte lettre. • C'était l'aliénalion de la monarchie et de la France elle-même au profit des princes. Louis XVI ne se résigna point à aller jusque-là: et il adressa à ses frères, le 7 juillet, une lettre de confiance, non pas un blanc-seing absolu: • Je m'en rapporte absolument à la Lendresse de mes frères pour moi, à leur amour et à leur altachement pour leur patrie, à l'amilié des princes som•erains mes parents et alliés, el à l'honneur et à la générosité des autres sooverains pour con\'enir ensemble de la manière et des moyens à employer dans les négociations donl le but doit tendre au rétablissement de l'ordre et de la tranquillité dans le royaume; mais je pense que tout emploi de forces... (des mots manqueol); que, placé en arrière des négociations, je donne tout pouvoir à mes frères de trailer dans ce sens-là avec qui ils voudront et de choisir les pèrsonnes à employer dans ces moyens politiques. » Quelles ambiguïtés I quelles incerliludes I quels appels de trahison réfrénés par la peur! Et comme il eO.lété plus simple et plus sage, aussi bien que plus honnête, d'accepter loyalement l'œuvre constitutionnelle de la France! La reine, commentant cette lettre du roi, écrit à Fersen à la même date du 8 juillet, pourquoi on ne peul donner les pleins pouYoirs absolus: • Le roi pense que la prison resserrée où il est retenu et l'état de dégraùa: lion lolale où l'Assemblée nationale a porlé la royauté, en ne lui laissant plus exercer aucun acle quelconque, est assez connu des puissances étrangè, es pour qu'il soit besoin de l'oxpliquer ici. » • Le roi pense que c·esl par la voie des négociations seules que leur secours pourrait être ulile à lui et à son royaume; que la démonstration des forces ne doit élre que secondaire, el si l'on se refusait ici à toute voie de né - gociation. • •• Le roi pense que la force ouverte, même après une première déclaration, serait d'un danger incalculable, non seulement pour lui et sa famille, mais même pour Lousles Français qui dans l'intérieur du royaume ne pensent pas dans le sens de la révolu lion. li n'y a pas de doute qu'une force étrangère ne parvienne à enlrer en France, mais le peuple armé, comme il est, en fuyant les frontières et les troupes du dehors, se servirait dans l'instant de leurs armes contre ceux de leurs concitoyens que depuis deux ans on ne cesse de leur faire regarùer comme leurs ennemis. • Le roi pense qu'un plein pouvoir illimité tel qu'il est composé, m~me en le datant du 20 de juin, serait dangereux pour lui, dans l'état où il se trouve. li e-t impossible qu'il ne fO.tpas communiqué, el tous les cabinets ne sont pas également secrets. • • On annonce que d'ici ù quinze jours les articles regardés comme constitutionnels seront présenté, au roi, qu'alors on le mettra en liberté, le laissant mallre d'aller où il voudra, pour qu"il se décide à les accepter, oui ou non,

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