Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE 727 li csl inutile de relever le lon dédaigneux el presque insullanl de Barnave. c·est le fail seul qu"il importe de retenir. BarnaYe ajoute: « Tandis que Paris applauùissail à ce décret {qui mellail le roi hors de cause), les Jacobins s'en indignèrent; ils proclamèrent hauleme1ll l'insurrection, ils admirent dans leur sei11tme multitude d'om-riers, quïls appelèrent la nation el les incitèrent à la révollc. • Ainsi tandis que Barnave et les chefs de la bourgeoisie modérée font appel • aux propriétaires el au, hommes pensants • pour maintenir la Conslilulion malgré la fuite du roi, el pour ra[ermir la monarchie, les bourgeois démocrates ouvrent leurs rangs aux ouvriers pour commencer la lullc contre le pouvoir royal. Pendant que l'Assemblée discutait, des pétitions, les unes violentes, d'autres plus mesurées, élaienl proposées aux Cordeliers et aux Jacobins. Les Cordeliers, dès le dtiparl du roi, allaient droit à la Hépublique. « :-.ous étions esclaves en 1789, nous nous élions crus libres en 1790, nous le sommes à la ftn de iî91. • « Législateurs, vous al'iez distribué les pouvoirs de la nation que vous représentez; vous aviez investi Louis XYI d'une autorité démesurée; vous al'icz consacré la tyrannie en l'insliluanl roi inamovible, inviolable el héréditaire; vous aviez consacré l'esclavage des Français en déclarant que la France élail une monarchie. « Les bons citoyens ont gémi, les opinions se sont choquées avec véhémence, mais la loi existait el nous lui avons obéi, nous allendions notre salul du progrès des lumières el de la phi! oso phic. « Ce prétendu contrat entre une na lion qui donne tout el un individu qui ne fournit rien semblait devoir être maintenu, el jusqu'à cc que Louis XVI eô.l été lr~llre el ingrat, nous ne pouvions imputer qu'à nous-mêmes d'avoir gâl6 notre propre ouvrage. « Mais les lemps sonl changés. Elle n'existe plus, celle prétendue convenlion d'un people avec son roi. Désormais Louis XVI n'est plus rien pour nous, à moins qu'il ne devienne nolre ennemi. • Nous voilà donc au même élal où nous étions lors de la prise de la Bastille : libres et sam roi. Resle à voir s'il esl avamageux d'en nommer un autre. « La Société des amis des droits de l'homme pense qu'une nation doit loul faire ou par elle ou par des offtciers amovibles el de son choix ; elle pense qu'aucun individu, dans l'Etat, ne doil, raisonnablement, posséder assez de richesses, assez de prérogatives, pour pouvoir corrompre les agents de l'administration poliliqne; elle pense quïl ne doil exister autun emploi dans l'Elal qui ne soil accessible à tous les membres de l'Etat; elle pense entln que plus un emploi est important, plus sa durée doit élre courte, passagère.• • Pénétrée de la vérité, de la grandeur de ces principes, elle ne peut

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