Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

720 HISTOIRE SOCIALISTE !éon esl une déviation révolutionnaire. En renlranl dans la politique de paiJ, nous ren Irons dans notre vérité à nous; nous retrouvons nolre lumineux chemin marqué dèsjuillel 1791 par le philosophe en qui le génie du xvm• siècle s'élargissait à la mesure des événements nouveaux. Pendant qne Condorcet agilail ces spéculations sublimes el s'etforçail en vain d'amener la Constituante à la République, le peuple, en Ilien des poinls se soulevait. Aux Cordeliers, aux Jacobins, des voix irritées réclamaient la mise en jugemen l du roi. Les Cordeliers, sous l'inspiration de Danton, allaient plus loin. Ils demandaien l qu'on en finit avec tous les rois. Dans la séance des Jacobins du 22 juin, le lendemain mème du jour où avail été connue la fuite du roi, un ami de Danton, Roberl, porte Ioule vive la pensée républicaine des Cordeliers : « J"étais à quatre heures au club des Cordeliers, je fus envoyé aYec deux autres membres de ce club pour porter à la Sociélé Fraternelle une adresse pour demander la destruction de la mo11arcltie, » Des cris d'indignation, dit le procès-verbal, s'élevèrenl de toutes parts. Les Jacobins ne voulaient pas sortir de la légalité constitutionnelle, el Brissot, qui ayait d'abord lancé un mol d'ordre de république, recula et louvoya. Robespierre, craignant d'être entrainé hors du Lerrain légal qui seul lui paraissait solide, continue ses symétries savantes. Il n'est ni républicain ni monarchiste. 11 ,·eul la Constitution et la liberté. Le vif courant populaire des Cordeliers semble se briser sur le roc de la légalité jacobine. Pourtant les Jacobins eux-mêmes• commencent à s'ébranler. Les Cordeliers, animés par les événements, venaient plus souvent aux Jacobins, ils envoyaient des délégations, ils assistaient aux séances. Ii se faisait ainsi comme un mélange de l'esprit révolutionnaire et spontané des uns, de l'esprit révolutionnaire el légal des autres. D'ailleurs le peuple ouvrier, remué par la grandeur du drame et par les mystérieuses promesses que renfermait pour lui l'inconnu des événements, affluait dans les clubs où jusque-là la bourgeoisie seule s'était pressée. Barnave signale avec insistance el avec son habituelle netteté de vues cette soudaine pénétration des éléments prolétaires dans la Révolutio11 bourgeoise. • Paris, dit-il, qui depuis le départ du roi n',avait cessé d'offrir le tableau le plus impo~ant, fui menacé de quelques troubles à l'approche de la délibération qui devait prononcer sur l'inviolabilité; ce n'esl pas que la presque unanimité des citoyens ne füt fort tranquille, mais les Jacobins, livrés aux dilfére.nls partis qui espéraient faire triompher leur système sur la conclamnalion de Louis XVI, étaient violemment agités. On était parvem.1, à 1wulever u11assez grand nomb1·e d'ouvriers occupés aux différents ateliers près de Paris, gens qui, quoique tous sa11spropriété, la plupart sa11s patrie oun11w!, et souvent, à ce qu'on av:iit cru jusqu'alors, sa11i lumières poliliq11es,parure11tcependant attacher un grand intérêt à la punition du tyran. •

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