Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

714 HJST0111E SOCIALISTE du décrel de l'Assemblée nalionale, qu'il n'avail jamais eu lïnlenlion de sortir de la France. Je me relournai vers M. Dumas, qui élaii derrière_moi, el je Jui <lis: Voilà un mol qui sauvera le royaume. • Ce que Barnave n'ajoute pas c'est que dès Je retour du Roi, il se Ill son conseiller el lui suggéra ou même rédigea pour lui les habiles réponses qu'il fit aux commissaires de l'Assemblée chargés de l'interroger. L'agitation populaire et l'agilalion des clubs étaient assez grandes. Mais les modérés de l'Assemblée élaienl bien décidés à ne pas rouvrir l'inconnu en mellant le roi en accusation. C'est le 13 juillet que l'ordre du jour de l'Assemblée appela le rappo1'tdes comités sur les événements relalifs à l'évasion du roi el de la famille royale. Le Comité de Constitution déclara que le roi était inviolable; que la Conslilution n'avait pas prévu le délit de fuite avec une précision suffisante :,que d'ailleur, si le roi pouvait facilement être mis en cause, la stabilité 0que les législateurs ont voulu donner au pouvoir royal par .le maintien de la.royauté serail sans cesse à la merci des accusateur,: que toujours les ministres devaient être respo11,ables des actes du roi : ou que lorsque le roi agissait à l'insu de ses mi11blres c'élaienl les conseillers, les inspirateur;; de cet acte illégal qui étaient considérés par une ficliou nécessaire, comme les principaux coupa!Jles. El c'est eu ce sens que les Comités concluaient à mellre Bouillé en accusation el Je roi hors de cause. Barnave fil mieux que de résumer tous ces arguments juridiques. li fit appel, dans un discours très ampleel très habile, à l'instinct conservateur des rérnlulionnaires de l'Assemblée: Et au fond il posa deux questions : Voulez-vous substituer la République à la monarchie? Voulez-vous susciler une llérnlution nouvelle? • On a très bien établi le;; faits: mais je les prends en masse el je dis: tout changement est aujourd'hui fatal; loul prolongement de la llé1olulion est aujourd'hui désastreux; la question, je la place ici el c'est bien là qu'elle est marquée par l'intérêt nalional. Allonsnous terminer la Révolution? Al101;s-nousla recommencer? (Applaudissements répétés.) Si vous vous défiez une fois de la Constitution, où sera Je point où vous vous arrNerez, et où s'arrêteront surtoul nos successeurs? .... • • On nous fait un grand mal quand on perpétue ce mouvement révolutionnaire qui a détruit tout ce qui était à détruire et qui nous a conduits au point où il fallait nous arrêter ..... Songez, messieurs, songez à ce qui se passera après ,•ous. Vous avez fait ce qui était bon pour la liberté, pour l'égalilé; aucun pouvoir arbilraire n'a élé épargné, aucune usurpalion de l'amour-propre ou des prop1iétés n'eol échappée: vous a,·ez rendu tous les hommes égaux devanl la loi civile el devanl la loi politique; vous a\'ez repris, ,ous avez rendu à !'Etal tout ce qui lui avait Hé enle~é. De là résulle celle grande vérité que si la Révolution fait un pas de plus, elle 11epeul le fai,-e sa,n danger; c'est que dans la ligne de ta libe,·té le premier acte '[lÛ pourrait suivre serait l'anéantissement de la royauté; c'est qtte dans la ligne tfe

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