Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

000 HISTOIRE SOCI.\LIS1'E France, L\s•em!Jlée nationale s'obstinait à espérer qu'elle concilierait la Révolution avec la royauté. Elle s'appliquait à amortir toutes les causes de trou hie. Bien que dans tout le Comtat Venaissin des luttes sanglantes eussent éclaté entre les conser1•ateurs et les patriotes, qui demandaient à être a,ine,és à la France révolutionnaire, la Constituante, pour ménager le pape et aussi pour ne pas inquiéter l'Europe par une première incorporation de territoire, hésitait. Elle ne se décidera qu'à la fin même de la législature, en septembre. Elle essayait d'apaiser le conflit religieu, entre les pr~Lres insermentts el les prêtres assermentés. Elle faisait efîort pour permettre aut prêtres non jureurs de continuer à dire leur messe, mais comme simples prôtres, non comme fonctionnaires publics: et comme jureurs et non Jureurs se disputaient en plus d'une région les registres des naissances et des décès, elle trancha h~ureusement le difîérend en remettant à la nation, aux autorités cil iles le soin de tenir les actes de l'état • civil •· Et surtout dans les lois par lesquelles elle restreignait le droit de pétition et lïnitialive populaire, elle lâchait de fortifier de nouveau le pouvoir e,écutif royal el de rattacher le roi à la Ré\olution. IJans le travail de revision auquel elle se livra dans le dernier semestre de t,fll, elle manifesta des vélléités très conservatrices. Chapelier es<aya même de faire rétablir le système des deu, Chambres par une division de l'A,,emblée unique en deux sections. Cela n'aboutit point : mais la liberté de la pre,-e el le droit de pétition furent réglementés. On aurait dit que la bourgeoi,ie ré1olutionnaire s·efîorçait par tous les moyens de rendre son œune acceptable au roi. .\près un immen,p efîort de réno\'ation elle éprouYail le besoin passionn6 de maintenir, de con,olider son œuvre. Or, dans son œuvre, le Roi, quoique soumis à la volonté souveraine de la nation, était une pièce essentielle. Comment le remplacer sïl ~e dérobait? quel esl le Comité de bourgeois qui aurait le prestige nécessaire pour remplacer le séculaire pouvoir royal, pour imposer la Constitution au clergé soulevé, à une partie de la nation méfiante ou rl'fra<'laire? El si la Révolution était séparée du Roi, comment pourrait-elle lutter contre tous ses ennemis ligués sous le drapeau royal sans recourir à la force brutale? Or cette force brutale, celle force phy,ique, selou le mot déjil cité de )lirabeau, elle était dans le peuple immense des campagnes et des ville-. Qurl salaire demanderait-il à la bourgeoisie si elle rappelait à l'aide pour saU1er la Révolution? N'allait-il point rlemandcr le droit de sullrage pour tou, llrjà, des ,·oix graYes comme celle de Robespierre, des rnix pa,sionnée:1 cl mrna~antes comme celle; du Club des Cordeliers réclamaient celle égalité. Comment ri·,ister il cc 1œu grandissant du peuple quand on le coll\ierait à samcr coutre le Roi la RéYolution mrnacée? De plus, dans ce \'3sle combat, le, groupemcnh spontam1 ~ de la force populaire, les clubs, les assemblées de seclion àe1iendraient comme un immense pouv,.iir à la fois législallr

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