Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

6G'2 Il!STOil1E SOCIALISTE duite sage, mesurée el discrHe, m'a-t-elle valu l'approbation cl l'estime de qurlques-uns et quelques succès. « Je suis allaché au Roi et à la Reine, el je le suis par la mauièrc plc-ine de bonté dont ils m"ont toujours traité, lorsqu'ils le pouvaient, cl je serais Yilel ingrat si je les abandonnai,; qmncl ils tl' peul"enl plus rien foire i,our moi, el que j'ai l'espoir de pouvoir l<'ur èlre utile. A tuutes les bo11tésdont il• m ·ont toujours comblé, ils virm1ent d'ajouter encore ttne distinctio11 flattn1sP: celle de la co11/iance; elle l'est d'autant plus qu'elle est e\lrêmement bornée et concentrée entre trois ou quatrP personnrs, dont je mi, le plus jeune. (Les autres étaient le baron de Ilrctcuil, le marquis de Bouillé et le comte de Mercy.) Si nnus pou\"Ons les servir, quel plaisir n'aurai-je pas à m'acquitter en1crs eux d"une partie des obligations que je leur ai; quelle douce joui:;sance pour mon cœur ct·avoir pu contrihuer à leur bonheur. Le vôtre le sent. mon chrr père, et ne peut que m'approuver. Celle conduite e,t la seule qui soit digne de votre fils, et, quoi qu'il puisse vous en coûter, vous seriez le premier à me l'ordonner si j'étais capable d"en avoir une autre. Dans le courant de cet été, tous ces érénemenls doivent se développer et se décider; s'ils étaie11t malheureux et que tout espoir fut perdu, rien ne m·empêcherait d~ vous aller mir. • li est clair, par le ton de cette lettre, que le comte de Fersen e,t dès cc moment associé à une entreprise hardie et dangereuse. Le projet de fuite, en elîet, était di's lors sérieusement étudié. ~l. de Fersen écrit à son ami et confident le baron de Taube, ministre du roi de Suède, le 7 février iiO!: • Le roi de Fran~e a été très sen,sible à la réponse du Roi (de Suède). Si le roi de Fi·ance ,01·tait de Paris, ce qui arrivera 11ro/Jableme11l, et que je puisse sortir aussi, le Roi veut-il que je me rende alors près du roi de France el que je fasse usage de mes lettres de créance ou que je reste avec mon régiment? Mais il pourra il arriver alors que je ne fusse pas à portée convenable s'il y avait quelque chose à traiter. • Pourtant, à cette date encore, le départ du Roi n'était que probable. Vaguement encore, quoique de moins en moins, le Hoi comptait sur la décomposition spontanée de la France, sur la prétendue désalîection du pays envers la Révolution. Surtout, il comprenait qu"il ne lui servirait à rien de fuh- de Paris s"il ne trouvait en province une forte armée. Mais celle armée, le Roi n'espérait point que la France suffit à la former, el par une contradiction saisis,ante, au moment m~me où la monarchie s'apprêtait à prendre les armes contre la Révolution sous Jlrélexte de répondre au sentiment vrai de la France. elle devait s'avouei- à elle-mème qu'elle tirerait surtout ses soldats du dehors. Or les dispositions des souverains étrangers absorbés par d'autres soucis cl \'O) nul sans trop de déplaisir ce qu'ils appelaient l'anéaolissement politique de la France, 6taient incertaines. Le Roi n'était pas encore assuré en

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==