Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllSTOIRE SUCI.\LlSTE 659 tique ridicule el imprudente des princes, du prince de Condé, du comte d'Artois. La re;ne. qui haïssaiL le frère du Roi el qui redoutait comme la suprême déch6ance ei le suprême péril d'être sauvé par eux, élail rlcinr d'amertume contrr Mm• Élisabeth. Et le roi, en Ioules ses perple,ilés n'availqn'une pensée fixe: é,iter de s'engager à fond dan, une politiquP irrévocable. Depuis longlemps, depuis les premiers jours de la Rérolulion l'idée d'une fuite, d'une évasion le lentaiL: il lui semblait que, loin de Paris et à la lt'le de quelques ré,dmenls fidèles, il pourrait grouper loutes le, forces royalistes el conlre-rérolutionnaire, et faire la loi 1t l'Asscn,lJlée. 1lai, les risques de l'entreprise étaient grands; et il retombait en ses r~verics hésitantes. Le peuple avait l'instinct que le Roi cherchait à fuir: el il redoutait celle fuite comme un péril immense. Il parait étrange et même contradictoire que les révolutionnaires aient rerlouté à ce point Je dé,,art d'un Uoi peu ami de la Uévolulion. L,, peuple pourtant avait rairnn. Il n'y avait J)as à celle date de parti répuhlicain, d'opinion républicaine: nul ne savait 1ar quelle auto,·ité aurait été remplacée l'autorité royale: et la fuite du roi semblait creuser un vide immense. De plus et ~nrtout le peuple sentait bien qu'il y arait d'innombrables forces de réaction dis~éminées, encore à demi-latentes qui n'attendaient qu'un signal éclatant pour appnraltf'(', qu'un centre de ralliement pour agir. Le Roi parlant haut <lela l'l'ontière,' dénonçant la guerre faite it l'l~glisc, effrayant la partie timide de la bonrgeoioie, lui faisant peur pour ses propl'iétés, grossissant son armée de contingents étrangers el les couvrant du pavillon de la monarchie, pouvait être redoutable. Aussi le 1,cuple montait bo11negarde autour des maisons royales et môme princiilres. Mesrlames tantes de Loui, XV!, annoncent en février qu'elles parlent pour Rome. Les réyolutionnaires voient dans ce ,•oyage le commencement d'un plan de contre-révolution : il fallut une escorte de trente àragons pour que Mesdames pussent continuer leur voyage. Un jour aussi le peuple entoure la voiture cle Monsieur et la ramène de force au Lu-1embourg. Le 28 février le peuple du faubourg Sainl-Antoine croit que des prt'pa,·alif,; militaires se fairnienl au donjon de Vincennes; il y court el le demolit La Fayette se hâte pour réprimer le soulèvement. Mais il arrive trop tard, et ,on état-major essuie quelques coups de feu des révolutionnaires du faubourg. En même temps le hruit courait dans Paris que les 1'uileries allaiei,t suùir un assaul comme le donjon cle Vincennes. La Cour elle-même, sérieu~emcnt e!îrayée, ou simulaot la terreur, répand l'alarme et appelle se;: affilié,. Trois à qualre cents gentilshommes armés s'établirent aux Tuileries. La Fayette, rt\solu à frapper à la fois à droite el à gauche, à contenir le mouvement populaire el à réprimer les complots aristocrates, accourt aux. Tuileries, somme les gentilshommes de rendre leurs armes et les fait briser

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