Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

6-iO IIISTOinC SOCL\LISTE que bourgeoise c1uin'avait rien de religieux cl d'une philo,ophic générale qui était la négation méme du christianisme, elle obligeait le prêtre, par les bien/ails donl elle comblail les pay,ans, à chercher et à reconnallre en elle un caractère divin. Elle l'obligeail à se rapprocher, dans son inlerprélalion religieuse ùu monde, des senlimenls naturels el humains, la charte primitive, le drcolufJue ,ia111rel. Grand ,ujel de médilalion pour nous tous. EL nous aussi, républicains socialistes, nous rencontrons aujourd'hui devant nous l'Eglise conlre laquelle la Ré1olulion bourgeoise eul à lutter il y a plus d'un siècle. Elle est puissanle encore, et dans toutes les clas,es: elle ralentit nos progrè,: et si soudain l'évolulion socialiste s'accélérait en Révolution, si le prolétariat saisissait le pouvoir ou une grande partie du pouvoir, c'est sans doute l'Eglise qui dcviendrail le centre de la résistance: el peut-être pourrait-elle refouler encore 1,our un demi-siècle, pour un siècle méme, le moul'ement ouvrier comme en juin 1848, comme en mai 1871. li rnrail in,ensé de croire que la seule violence suffise à la déraciner: elle a enfoncé trop profondément sa puissance dans les habitudes, les préjugés• les alieclions: el c'est par un long eliort que nous diminuerons ses prises sur le monde. La Rérnlulion bourgeoise eut contre l'Eglise (}euxgrandes forces, la force de la science et de la philosophie qui ne s'était communiquée qu'aux esprits les plus libres de la bourgeoisie, el la force des bienfaits immédiats assurés par elle aux paysans. • ::-;ousvous bénissons dans nos chaumières qui vont s'embellir, dans nos champs qui 1ont prospérer •· Et nous, nous devons par un eliort passionné d'instruction et d'éducation populaire, éveiller la raison, la pensée libre dans le prolétariat des champs el des villes; nous devons aussi, dès maintenant, par un plan méthodique de réforme el d'organisation, par la coopération agricole, par l'inslitulion de la gra11depropriété paysanne, communale ou coopérative, régie par de~ ~yndicats d'ouvriers ruraux, préparer les campagnes à recevoir sans étonnement el sans elTrui, au Jour décisif de la Révolution libératrice, le bienfait du communisme. S'il n'y était point préparé, le paysin verrrail sa ruine peul-être dans ce qui sera son salut: el il faudrait perdre à acclimater son e:;pril aux nécessités du régime nouveau, le temps que la Rél'olution, sous peine de périr, devrait consacrer à l'organisation et à l'action. Cc qui a sau,é la Révolution bourgeoise c'est que dans beaucoup de paroisses les paisdns ont pu dire à la contre-révolution dès les premières semaines: « Des charges I e~aienl sur moi : j'en suis libéré •· Pour que la Ré1olution cornmuniste pui,se de même dans les campagnes, neutraliser d'emblée, au moins en partie, l'action funeste du prêtre, li

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