612 HISTOlllE SOCIALISTE appelle • le coup d'Etat bourgeois •• à moins qu'il n'ait pas saisi la portée future de la loi. Il est visible que Marat 11el'a pas saisie: et son langage me semble la preuve décisive que le conflit économique naissant entre les bourgeois et les prolétaires n'était guère compris, et <1uela loi du 14 jui11ne renferme pas, a11 degré où l'a cru Marx, des a,rière-pensées de classe. Marat n'a vu que le côté politique de la loi du 14 juin : il n'en a pas vu le côté économique. Et pourtant, il était bie11averti: il connaissait très bien le conflit entre les entrepreneurs de billiment et les ouvriers: et il avait pris par'li nettement pour les ouvriers. Cho,e curieu,e ! Le 12 juin, deux jours avant le vote de la loi Chapelier, Marat insér-1une lettre des ouvriers extrêmement violente contre les entrepreneurs. li la publia en tète de sa feuille, et en gros caractères. • A l'Ami du peuple. - Cher prophète, vrai défenseur de la classe des indigents. perllleltez que des ouvriers vous dévoilent toutes les malversations et les turµitudes que nos maitres maçons trouvent pour nous soulever en nous poussant au désespoir. Non contents d'avoir amassé des fortunes énormes aux dépens des pauvres manœuvres, ces avides oppresseurs, ligués entre eux, font courir contre nous d'atroces libelles pour nous enlever nos travaux (les ouvriers s'étaient organisés avec de nouveaux entrepreneurs acceptant leurs conditions): ils ont poussé l'inhumanité jusqu'à s'adresser au législateur pour obtenir contre nous 1111 décret barbare qui nous réduit à périr de faim. « Ces hommes vils qui dévorent dans l'oisivilé le fruit de la sueur des manœuvres et qui n'ont jamais rendu ancun service à la nation, s'étaient cachés dans les souterrains les 12, 13 et 14 juillet. Lorsqu'ils ont vu que la classe de., infortunés avait fait seule la Révolution, ils sont sortis de leurs lanières pour nous traiter de brigands: puis, lorsqu'ils ont vu les dangers passés ils ont élé cabaler dans les districts pour y raccrocher des place$, ils ont pris l'uniforme el les épaulettes; aujourd'hui qu'ils se croient les plus forts, ils voudraient nous faire ployer sous le joug le plus dur: ils nous écrasent sans pitié el sans remords. " • Voici, cher ami du peuple, quelques-uns de ces oppresseurs ignorants, rapaces el insatiables que vous dénoncent les oul'riers de Sainte-Geneviève: Poncé, maitre maçon de la nouvelle église Sain le-Geneviève, né à CMIon-sur-Saône, charretier de profession, n'ayant nulle connaissance de l'art de bàlir, mais entendant si parfaitement celui des rapines, qu'il s'est fait 90,000 livres de rente aux dépens de ses ouvriers. Campion, né à Coutance, d'abord manœuvre à Paris, aujourd"hui mallre maçon de l'église Saint-Sauveur, quoique très ignorant, ayant subtilisé le petit hôtel Tabarin, et jouissant actuellement de 90,000 livres de rentes. Quillot, ayant pris une femme au coin de la borne, cl s'étant fait maltrè maçon, on ne sait trop comment, riche auJom·d'hui de 50,000 livres de rentes.
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