Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

608 JIISTOlllE SOCIALISTE envoyé aux municipalilés avec la rnnclion de loi qui est du 17 Juin ne porte pas cet article improvisé en séanre el qui resla à l'élal d'ordre du jour. Le projet fut volé, semble-l-il, à l'unanimité, ou loul au moins sans opposilion aucune. Faut-il voir précisément dans celle unanimité le signe d'une loi de classe? et celle sorte d'accord tacite de Robespierre el de Chapelier, des démocrates et des modérés est-il un premier exemple de la coalition bourgeoise contre les prolétaires? Chapelier, à celle date, faisait œuue de réaction : comme rapporteur du Comité de conslilulion, il essayait de restreindre les libertés populaires. Il ne semble pas pou1-tanl que sa haine contre tout ce qui était corporation, groupement, fut simulée et qu'il n'y eOt là qu·un prétexte à disprrser la force ouvrière. Qu'on se rappelle avec quelle violence il combattait les corporations ecclésiastiques; qu'on se rappelle que lo1·sque l'Eglise invoquait, pour garder ses propriétés, les droits des pauvres il s'écriait : Les pauvres seraient-ils une caste? et affirmait que le soin de les nourrir, de leur donner du travail incombait, non il des parliculiers groupés, mais à l'Etat; on verra que Chapelier était, si je puis dire, un individualiste étatiste, peu porté, en dehors de Loule préoccupalion de classe à tolérer les groupements. Je serais disposé il croire que dans l'intérôl de la liberté individuelle et pour faire tomber l'esclavage des salaires trop bas il aurait admis l'intervention de l'Etat fixant un salaire minimum. Les indil'idus et l'Etat : pas de groupements intermédiaires : voilà la conception sociale de Chapelier : elle servait à coup sOr l'intérêt de la bourgeoisie : mais il ne m'est pas démontré que ce rot surtout pour désarmer le prolétariat que Chapelier proposa la loi du 14 juin. Comment expliquer en tout ca, le silence complet de Tlobespierre? J'entends bien que ce n'était point un socialiste : mais c'était un démocrate; et il s'appuyait plutôt sur le peuple des arti,an, el des ouvriers que sur la bourgeoisie industrielle. Peu de temps avant le 14 juin, dans deux débats importants, sur l'ori:ani- ~ation de la garde nationale, el sur le droit de pétition, il avait pris la défense • des pauvres •, des citoyens sans propriété. De quel droit, s'écriait-il, no donnera-t-on des armes qu'aux citoyens actifs? • Dé ouiller une partie quelconque des citoyens du droit de s'armer pour en inl'eslir une autre, c'était violer à la fois l'égalité, base du nouveau pacte social el les lois sacrées de la nature ... De deux choses ru ne, ou les lois el la Constitution étaient failes dans l'intérêt général, et dans ce cas elles devaient. être confiées à la garde de tous les citoyens, ou elles étaient établies pour l'avantage d'une certaine classe d'hommes et alors c'étaient des lois mauvaises. « C'est en vain qu'à ces droits inviolables on voudrait opposer de prétendus inconvénients et dP chimériques terreurs ... Non, non, l'ordre social ne peul ôlre fondé sur la violation des droits impre~criplibles de l'homme ... Cessez de calomnier le peuple et de blas1ihémer contre voire souverain, en la

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