Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IJISTOIRE SOCL\LISTE 607 nahe conlre les expropriés à µarlir de la fin ùu quin,ièmc siècle, lois sur les salaires•· La loi du 14 juin, écliclée par la bourgeoisie révolulionnaire française lui apparall comme l'équivalent de ces staluls anglais qui adjugeaient comme esclave l'ouvrier réfractaire au travail cl qui imposaient un ma,imum de salaire. La coalition ouvrière, remarque-t-il, ainsi dénoncée comme attentatoires aux droits de l"homme devient une félonie, un crime contre l'Etat, slaats-verbrechen, comme dans les anciens statuts. • « Dès le début de la tourmente révolutionnaire, écrit-il, la bourgeoisie française osa dépouiller la classe ouvrière du droit d'association que celle-ci venait à peine de conquérir. Par une loi organique du 14 juin 1701, tout concert entre les travailleurs pour la défense de leurs libertés lut stigmatisé •d'attentat contre la liberté el la déclaration des droits de l'homm~ •: pun'ssable d'une amende de GOOlhres, jointe à la privation pendant un an des droits de citoyen actif. Ce décret qui à l'aide du Code pénal et de la police trace à la concurrence entre le capital et le travail des limites agréables aux capitalistes, a surYécu aux révolutions et aux changements de dynasties. Le régime de la Terreur lui-même n'y a pas louché. Ce n'est que toul récrmmen t qu'il a 6té c!îac6 du Code pénal; et encore avec quel luxe de ménagements! Ilien qui caractérise le coup d'Etat bourgeois cornme le prétexte allégué. Le rapporleu1· de la loi, Chapelier, que Camille Desmoulins qualifie • d'ergoteur misérable» veut bien avouer « que le salaire de la journée de travail devrait être un peu plus consid6rable qu'il ne resl à présent... car dans une nation libre les salaires doivent ôlre assez considérables pour que celui qui les reçoit soit hors de cette dépend,mce absolue que produit la privation des besoins de première nécessité et qui est presque de l'esclarage. • ~éanmoins il est, d'a1irès lui, instant de prévenir ce désordre », savoir • les coalitions que forment les oul'riers pour augmenter le prix de la journée de travail •, et pour mitiger cette dépendance absolue qui est presque de l'esclavage il faut absolument les réprimer, el pourquoi•? Parce que les ouvriers portent ainsi alleinte ù « la liberté des entrepreneurs de travaux, les ci-dernnl mallres », el qu·en empiétant sur le despotisme de ces ci-devant maitres de corporation - on ne l'aurait jamais deviné - ils « cltercltent à recréer les corporations anl'anties par la Révolulion. • L, bourgeoisie révolutionnaire a-t-elle eu vraiment, à ~e point, conscience du coup qu'elle portail au prolétariat el de l'avantage qu'elle s·as,urail d,ms les lulles économiques? Ce ne sont pas les débats suscités par la loi qui peuvent nous éclairer. Pas un mot n'a été rlit à la tribune pour demanùer des explications à Chapelier ou pour comballre la loi. Des murmures (que ~larx ne note pas) se firent entendre seulement, quand Chapelier constata que l'insuflisance des salaires était une sorte d'esclavage. Un membre deman la ùe sa place que les Chambres de commerce ne fus;enl pas comprises dans l'interdiction. Cela fut accordé sans disr.us,ion, mais, chose curieuse, le texte

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