Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

004 IIISTOIRG SOCl.-\LlSTE mnrclrnnils au détail, les houliquicr•, chez lesquels s'approvisionnaient les ouvriers. Quand un ouvrier leur achetait pour cinq livres de marchandises, s'il les 1,ayail en argent ou en monnaie de hronzc, c'était bien : sïl les payait avec un assignat, le marchand ne demandait aucun complément, el il se contentait ùe !"assignat de cinq livres. En faisant avec ses clients une différence entre l'assignat cl ta monnaie métallique, il les aurait relmtés : comme le cours de l'assignat subi,sait de légères fluctuations (JUolidiennes, il y aurait eu incertitude perpétuelle sur le complément à verser: et le plus modeste comptoir de boulanger ou d"épicier serait devenu un banc d'agiotage. Le marchand préférait donc ne faire aucune <lilîérence entre ta monnaie de papier et ta monnaie de mêlai : il en était quille pour hausser sa marchandise dans la proportion où cela élait nécessaire pour le couvrir de la perle de six pour cent subie ~ar les "ssignals. Comme une partie notable des paiements était faite en mgnnaie métallique, wmme laConstiluanle, notamment, créa beaucoup de monnaie de bronze pour les petits achats populaires, la perle de six pour cent subie par !"assignat était bien loin de porter sur la lolalilé des opérations du marchand : or, si on la répartissait sur l'ensemble des opérations, elle ne s'élevait guère à plus de deux ou trois pour cent: et celle dilîérence peu sensible, presque imperceptible dans ta vente au détail, était plus que couverte par le bon marché résullant de l'abolition de l'octroi, de l'aclivil6 générale, cl de la paix intérieure cl extérieure. D'ailleurs, et ceci est très important, le léger discrédit de l'assignat en 1791 semble tenir surtout à cc que !"assignat, moins divisé que ta monnaie, était moins commode pour les échanges. C'est ce que dit expressément Rœderer dan, ta séance des Jacobins à laquelle je me suis déjà référé: « La seule cause du désavantage que le papier éprouve contre de l'argent vient de ce que le papier n'est pas divisible à volonté. Rendez-le dÏlisible et vous remédierez au mal. Dans ce moment où les manufactures sont dans ta plus grande vigueur, il est certain que !"argent rentre en France. ~fois alors il devient inutile si aux assignats de 5 livres vous n'en ajoutez de 10 sots pour les diviser. » La pensée de Rœderer est que la monnaie de métal ne pourra s'échanger aisément contre les asRignats, si tes divisions d~ l'assignat ne concordent pas aux divisions de la monnaie de métal: donnez à l'assignat, pour tes échanges, la mème mobilité, la même dili,ibililé qu'à ta monnaie et le pair s'établira. ~ais s'il était peu commode à un particulier d'avoir des assignats, s'il perdait du temps à se procurer ta monnaie nécessaire pour tes tout petits achats, celle gêne portail plutôt sur l'acheteur que sur te boutiquier: et ainsi le prix de la marchandise n'était point nécessairement haussé, même dans la proportion très modeste que j'indiquais plus haut. Enfin, et ceci est décisif, clans tes réclamations élevées par tes ouvriers au sujet des salaires, ils n'allèguent jamais en 1791 qu'ils subissent une

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