Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOIRE SOCIALISTE 595 coup de discussions, en jetant du trouble dans les propriétés, à l'expiration des baux. • On peut dire que toute la théorie de la Révolution sur la loi el la propriété est résumée là. La loi est souveraine : la propriété est un droit, mais dans les limites et sous les garanties fixées par la loi. La loi doit concilier le droit individuel el le bo11!teurcommun. Ainsi, en ce qui touche la propriété rurale, c'est la loi qui, d'autorité, dans l'intérêt général, fera la réunion des parcelles. Marat ne veut point qu'elle s'arrMe là. Comment assurer la suhsislance du peuple el en particulier de ces nombreux journaliers, de ces simples manouvriers pour lesquels il a une sollicitude évidente? Faut-il, d'autorité, abaisser le prix des subsistances des denrées agricoles? Ce serait s'exposer à ruiner les cultivateurs el à décourager la culture. ~lais la loi de l'offre el de la demande a cet effet que le prix d'une marchandise est d'autant plus bas que le nombre des vendeurs est plus grand et le nombre des acheteurs r,lus petit. Il raul donc multiplier le nombre de ceull: qui vendent les denrées agricoles: pour crla il tant rnultiplier les fermiers; el on ne le pourra qu'en obligeant les propriétaires à diYber une grande ferme en plusieur~ fermes. Du coup, beaucoup de journaliers seront transformés en petits fermiers; le nombre des acheteurs diminuera donc en même Lemps que croitra le nombre des vendeurs: et un sage équilibre des prix, une sage répartition des bénéfices de l'agriculLure assureront une aisance générale. Voilà le plan agraire bien modeste comme on le voit et bien prudent de Marat. Il y a loin de là à • la loi agraire » au partage des propriétés, puisqu'il s·agit seulement de diviser les fermages en en laissant le produit au propriétaire. C'est cependant to11jours une intervention de la loi dans le mécanisme de la propriété. « Il serait donc, écrit-il, d1•toute nécessité comme de 1011/jeustice, q1u la même loi, qui procurerait 1an1d'avantages aux propriétaires en établissant la contiyuilé des terres par des i'cltanges légaux, assurât en même temps la subsistance de tout le monde, en a.<treignantlespropriétaire., qui ne feraient pas valoir eux-nu!mes leurs terres, à les affenner en détail. Lorsqu'ils ve,·- raient les frais de la culture diminuer et les produits augmenter par t' ~/fetde la réunion de leurs propriétés, j'ai tmp bonne opinion de mes compalriutes pour croire qu'il en /Ill 1111 seul qui eul /'i11!t1mumiléde se plaind,e si la même foi qui assurerai/ une nparlilion plus égale des /mils de la terre, en distrib11an1la cullure à un rilus grand nombre de familles, prfoail le propriétaire du droit de disposer, d'affermer ses le,,·es att r1réde ses caprices. L'effet necessaire de celle disposition serai/ donc de rapprocher l'ordre civil de fordre naturel par une plus granie facilité de cullure, el une plus égtrle distribution dPs frnits de la terre; puis do rétablir l'éq11ilibrrentre le ;,rix des denrées el la main (t'œuvre, el enfin de délruire tout monopolt dts fruits

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