Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE la bourgeoisie a su toujours imposer le respect de la delle publique et un t:er· tain contrôle des finances, nécessaire à son autorité. Et si la liberté poli• tique el la souveraineté nationale ne s'étaient pas abimées dans le despotisme impérial, si la Révolution au lieu d'osciller pendant un siècle de la démocratie militaire à l'oligarchie bourgeoise et orléaniste étail restée une démocratie républicaine, les rapports essentiels des classes el la structure profonde de la propriété capitaliste n'auraient pas été modifiés: mais il y aurait eu un frein à régoîsme de la bourgeoisie, une limite à l'exploitation des ouvriers; et la lutte nécessaire entre une bourgeoisie forcément plus généreuse et un prolétariat plus éclairé et plus libre aurait abouti plus sOrement et plus no!Jlement à une société nouvelle, à une forme nouvelle de propriété. Le cœur s'emplit de tristesse lorsqu'on rencontre, dès 1791, un commencement de pensée prolétarienne, quand <' 1 voit dès ce moment l'esprit humain en quête de combinaisons variées pou~ adoucir les condilions des prolétaires, et quand on sonise à ce qu·auraient pu donner tous ces germes dans le développement régulier d'une démocratie libre. Nous ne pou,·ons pas nous consoler en nous disant que les effroyables souffrances de la clas~e ouvrière pendant le siècle qui vient de s'écouler étaient inévitables et qu'elles onl été la condition d'un ordre nouveau. Non, non : beaucoup de ces souffrances ont été inutiles. Le capitalisme aurail éls' aussi puissant et aussi fécond, el les conùilions économiques du commu• ni,me auraient élé aussi pleinement réalisée, si les travailleurs avaienl pu, grilce à la démocratie el à la République, se défendre au moins contre les inutiles excès de la classe possédante. Que jamais la tentation ne Yienne aux prolétaires de compter sur le seul jeu du mécani>me économique ou de fexagérer le fatalisme de l'organisation des clas>es, au point de méconnaitre el de négliger toutes les ressources d'action que leur offrent la démocratie et la liberté. liais, ai-je besoin de dire encore une fois que le projel social de Marat ne mïnléreS'Se point par sa va• leur intrinsèque, mais comme si·mplOme du travail social, du travail prolétarien, qui obscurément commençait dans les esprits à la faveur de la liberté nouvelle? « !lier, raconte un correspondant de Marat, dans le numéro du 23 mars 1î91, je me trouvais dans la boutique du patriote Garin: un ouvrier achète un pain et pré~ente un coupon d'assignats de 4 livres 10 sol~. On fait dix boutiques pour le changer; enfin on apporte de la petite monnaie parmi lesquelles se trouvent plusieurs pièces fausses. Affligé de la peine à changer ces p<'lits effets, l'infortuné s'écrie le cœur gros de soupir: • Comment pouvons• « nous vivre dans un pays où nous rnmmcs abandonnés par ceux qui de• • vraienl nous soutenir?• Puis, il ajouta en essuyant une larme: « .liais • doucement, ils pre1mn1t notre patience pour de la peur; nous sommP.i • vi11gtmille ouvriers dans Paris, tous fort, et vigoureux, qui mettrons fin

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