Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

584 IIISTOIUE SOCIALISTE i,rhécs qui pourraient occuper les ouvriers el les soustraire à l'action municipal?. Les voilà donc qui tentent de prendre ~faral pour parraiu el protecteur de Jeurs projets: et Marat que sa haine contre Bailly et les Académiciens de !'Hôtel de v,lle rendait candide, tombe loul bonnement dan, le panneau. Il insère complaisamment dans son numéro du 27 mai 1701 une longue lellre d'un capitaliste subtil : • A l'ami du peuple. - Soyez convaincu, notre cher ami, que pre~que Lous les ouvriers occupés aux travaux publics, sonl aussi patriotes que Jeurs chefs sont arislocrales. Ceux-ci, je vous les donne Lous pour de fielîés coquins qui volent impunément sous les yeux du public. Dans Je nombre esl un nommé 1Iulard, ivrogne de profession, jadis fripier, porle Saint-Antoine, naguère banqueroutier, aujourd'hui satellite en habit bleu, mouchard, coupe-jarret du sieur Mollié, el cher des travaux publics. • El quand Marat est ainsi bien amorcé par celle attaque en règleconlre un agent de la municipalité, quand J'amorce e,t bien enfoncée par Ioule une série d'accusation directe contre une dizaine « de mouchards », le madré lanceur d0 alîaires passe à Marat un prospectus philanthropique el capitaliste en faveur du canal de Paris, projeté par le sieur Br0lé. El rami du peuple, décidément conquis, aioule: « Je terminerai ces observations sur les malv~rsations de nos municipaux par de sages roflexions de M. Bacon, électeur au département de Paris: « :N'est-ce pas une chose alfligeante que dans un siècle de lumières cl dans la capitale des Françai , il y ail tant de malheurs d'un côté el tant de ressources de l'autre sans quïl se soit trouvé une main assez adroile dans sa bienfaisance pour melt re le travail à côté des besoins, cl pour écarter les malheurs en rapprochant les ressources! Que dira-l-on mème en rnyanl que les ateliers el les travaux de secours sont organisés de manière à corrompre el les ouvriers el ceux qui les inspectent, cl qu'il ne doit pa5 rester pour le public le moindre monument de ces travaux! Dans ces instilnlions secourables l'on a agi comme s'il ne fallait que dbtraire la misère et le brigandage, sans songer à tirer le moindre fruit de tant ùc bras. On croit avoir assez fait, li tant d'hommes veulent Ilien passer leur Lemps à remuer infructueusement de la terre et des bancs; on croirait même que le tonneau des Danaïdes serait aujourd'hui d0 un merveilleux secours, car on ne désire pas que les ouvriers soient utiles, mais seukmenl qu'ils ne soient pas nuisibles. » La préparation est sa l'ante, comme on voit el il n'y manque mème pas un souvenir des fables antiques. Allention ! rnici rentrée en scène du capitaliste: « Çependant, à côté de celle polilique embarrassée, qui absorbe el consume des sommes énormes el qui emploie si infruclueusemenl tant d·ouvriers qui reçoivent leur salaire sans profil pour le présent el pour l'a1·enir, un citoyen se pr,'sente et dit : Les !25 ou 30 mille livres que vous distribue:; par jour dans vos ateliers de charité, accordez-m'en la moitié, et chargez-moi de tous vosoucriers indigents; non seulement j'empêcherai l'avidité des inspecteurs, cl la paresse des mercenaires de se coaliser pour tromper vos inlenlions, mals

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