Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

580 IIJSTOlnE SOCIALISTE "Or il suffil d'abolir toute juridiction des jurandes, Loule charge de matlri;e, et loul droit de saisie, en laissant à chaque maitre avoué celui de dénoncer aux tribwiau:c les ouvriers en conh·avention. Pow· faire flew'ÎI' les art.<,it fallait assujettir les élèves à unapp,·enlissage rigoureux de six à sept an<. Pour 11epas 1·ete11itroute la vie dans l'indigence les ouvriers, il fallait meure un pri.x honnête à leur ti·avail et les forcer à une bonne conduite, en do1111a1a1ul bout de trois ans les moyens de s'établir pour son compte à tous ceu.c qui se seraient distingués par leur habileté et leur sagesse: avec la simple réserve que celui qui ne prendrait pas femme la première année de sa maîtrise, serait tenu au bout de dix ans de remettre d la caisse publique les' avances qu'elle lui aurait faites. • "Récompn1<er le.,talents el la conduite, est le seul moyen de faire fleurir la société. C'est le vœu de la nature que le.<ignorants soient guidés par les hommes instruits, et les hommes sans mœurs par les honnêtes gens, les ouvriers sans talents et sans conduite ne devraient donc_Jamaisdevenir maîtres. On ne 1·emùlie pas au défaut d'aptitude: mais on se corrige des incartades; or, il est dans fa règlf' que des écarls df' conduite soient punis: il suf/b·a pour leur punition que chaque rechute ,·etarde de six mois l'avance gratuite des moyens d'établi,semenl. » Quel élrange amalgame d'idées el où la lendance réaclionnaire domine 1 D'une parl Maral se préoccupe des ouvriers parce qu'il veul leur assurer à Lousun minimum de salaire, ce qu'il appelle le salaire honnéle, el qu'il veut, au moi en des ressources de l'Etat, _Permellrc de s'élablir à leur comple à tous ceux qui auronl rail preuve d'habilel6 el de moralité. D'autre pari, il les met en lulelle, ne leur permel pas de s'élablir quand ils veulenl el les soumet à une sorte de censure morale qui va presque jusqu'à l'inslilulion du mariage obligatoire. )lais surtout quelle prodigieuse méconnaissance du mouvemenl économique qui s'accélérail depuis un demisiècle I Cerles, )la rat enlrevoil les conséquences lâcheuses de la concurrence illimitée: el il les exagère singulièrement: car il est faux que le nouveau système de production ail aboli l'hahilelé lechnique des ouvrier, : il l'a simplement transformée: el )laral ne paratl p:i~rnupçonner d'ailleurs la révolulion de bien-être qu'amènera la proùuclion i;,1cnse d'objets à bon marché. :Maisil commet la méprise la plus extraortl,,iaire quand il s'imagine que l'abolition des jurandes <:l des maitrises va ,,..:pprimer les nfanufactures. li croil qu'il suffira aux ouvriers, pour s'établir à leur comple, d'en avoir le droit. Il ne soupçonne pas, Cc que pourlant Adam Smith avait èéjit démontré, ce que démonlrail d'ailleurs tous les jours le système grandissanl des manufaclures, que ta di vision du travail dans tes grands ale lier, élait une con cl ilion du bon marché; el que dès lors la recherche du bon marché serait favorable a la grande induslrie. Concel'oir l'abolition des entraves corporalivesqui allait donner un grand élan au capilalisme induslricl comme le morcellemenl indé-

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