676 IIIS'l'OII\E SOCIALISTE nas~seut le change et dénalurassent cette association fraternelle en viciant son principe, et la li,sent lournc,· contre vous en la changeant en une association militaire dans laquelle ils l'aiôaienl entrer les légions nombreuses de vos ennemis. " Ainsi, à l'heure même où les citoyens parlaient de fédération uniYerselle el de fusion, ~Jaral veut que le peuple forme un camp séparé, comme une nation distincte ... Le 8 mai 1791, il donne à sa pensée unctormule très nelle: « Faudra-l-il donc le répéter sans ces~e: N'allendez rien des bonnes dispositions cles foncliounaires publics (élus par les citoyens actifs): ils seront toujours rles agents du despotisme, d'autant plus dangereux qu'ils sont en grand nombre: ,\"attendez 1·iennon plus des !tommes riches et opulents, ries hommes éleYé, d,ins la mollesse el les plaisirs, des hommes cupides qui n'aiment que l'or: ce n'esl pas avec de vieux esclaves qu'on fait les citoyens libres. Il n'y a donc que les cultivateurs, les petits rnatchands, trs artisans et les ouvrie1·s,les manœuvres et tes prolétaires, comme les appelle la 1·ichesse insolente, qui pow·ront fonne,· un pet1pletib,·e, impatient du joug ùe l'oppression et toujours prêt à Je rompre. 1lais ce peuple n'est pas instruit, rien n'est même plus difficile que de l'instruire: la chose est même impossible aujourd'hui que mille plumes scélérates ne travaillent qu'à l'égarer pour le remellre aux fers•· Ainsi Marat rêve d'opposer au parlement, aux aristocrates qui combattent la Révolution, ou aux riches bourgeois qui selon lui, la compromettent el la trahissent, une classe populaire formée du prolélarialel de la petite bourgeoisie. Ou même il semble concevoir un peuple qui ne comprendrait que ces éléments. Comme au poinl cle vue social, ces idées sont confuses! Car si Marat élimine les chefs des grandes manufactures, les grands marchands et les chers du crédit, par qui Jeurs fonctions économiques seront-elles exercées? Communiste, Marat aurait répondu qu'elles le seraient par la communauté. Mais Maral n'était poinl communiste: il n'avait même du communisme aucune idée. Veut-il rétrograder jusqu'à la production parcellaire, jusqu'à la petite industrie, el à l'échange borné el local? c·esl sa tendance: mais il n'ose le rlire nellement. Ainsi il n'a pas de Lerrain économique solide, de conception ferme à offrir au peuple qu'il convoque. C'est seulement à une œuvre politique qu'il Je convie: el le contraste est curieux entre l'acuité de l'instinct de classe de 11aral cl l'impuissance où il se clébal. Comme Babœuf, ainsi mesuré sur ~!aral, apparaîtra génial el grandi li y alà pourtant un premier rudiment de conscience prolétarienne. D'ailleurs, Marat reconnait que c·esl à défaut de la bourgeoisie aisée, plus naturellemcnl destinée à ce rôle, que la classe populaire esl appelée par lui à sauver la Hévolulion. li écrit le 23 août 1791 : • La robe, la mitre el la finance, auraient dù sentir que l'opinion publique étant soulevée contre elles el leur destruction entrant dans les vues du gouvernement, elles n'avaient rien de mieux à faire que de se décider pour le
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