lllSTOlllE SOCIALISTE 567 dit-elle en un projet de Conslitulion, apparlienl essentiellement et nécessairement à Saint-Domingue, et l'Assemblée nationale elle-même ne peut enfreindre ce rlroit san~ détruire les principes de la Déclaration des Droits de l'homme. En con,équence, les rlécisions législatives de l'Assemblée coloniale• votées à la majorité des deux tiers ne peuvent Nre soumises qu'à la sanction du Roi; les décisions de l'assemblée métropolitaine, touchant les rapports communs, doivent être soumises au veto de la colonie. » Au moyen de cette autonomie, l'Assemblée de Saint-~farc espérait protéger efficacement les intérêts des colons blancs; mais elle essayait de donner à cet elîroyable égolsme une couleur révolutionnaire. C'est sous prétexte de briser le joug de l'ancien régime qu'elle contestait l'autorité du gouverneur et de la 1''rance elle-même. Tandis quït la ~lartinique, l'Assemblée coloniale était formée surtout de propriétaires aristocrates, luttant à la fois contre l'Assemblée nationale et contre le capitalisme bourgeois, à SaintDomingue, l'Assemblée de Saint-Marc représ~ntait l'ensemble de la propriété bourgeoise de rtle, terrienne ou capitaliste. Et alors contre cette Assemblée se soulevèrent les propriétaires terriens aristocrates et contre-révolutionnaires du Nord de l'ile. Prodigieuse anarchie et qui montre bien quo si l'intérêt de clas,e est le grand ressort ùcs é,·énements, il n'a pas la simplicité mécanique à laquelle trop souvent on a voulu le réduire. Au fond les terriens aristocrates de Saint-Domingue avaient le même intérêt que les terriens bourgeois et les capitalistes de !'lie à écarter les multttres du droit politique, et à empêcher l'affranchissement des esclaves. Il y avait là-dessus harmonie complète entre les colons !Jlancs et révolutionnaires de l'Assemblée de Saint-)larc el les propriétaires blancs aristocrates du :-.ordde l'ile. 1lais ceux-ci n'entendaiPnt pas laisser à la bourgeoi,ie révolutionnaire la direction du mouvement, et la lutte engagée en France entre révolutionnaires et aristocrates eut son contre-coup dans l'ile malgré le lien particulier que leur opposition commune à l'avènement des hommes de couleur, créait entre tous les colons blancs. Les propriétaires aristocrates se soulevèrent donc contre l'Assemblée de Saint-Marc, et comme leurs pareils de la lfartinique, ils mirent en mouvement les mulàtres et les esclaves noirs. lis méprisaient assez leurs esclaves pour les armer. Dans cette anarchie confuse, les colonies périssaient. L'Assemblée, en mars, avait cru que le décret habilement combiné de Barnave apaiserait le conflit. Elle avait espéré qu'en retour de la garantie de l'esclavage et d'une large autonomie, les colons accepteraient l'égalité politique des hommes de couleur libres. Elle avait fait une ovation magnifique au jeune orateur, elle avait refusé d'entendre les objections de Pét,'n et de Mirabeau; puis, comme heureuse d'être débarrassée d'une obsession pénible, elle n'avait point veillé à l'application réelle, loyale de sa politique. La circu-
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