Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

5i2 IJISTOIUE SOCIALISTE d'Eglisc au moment mème où la ll.t\volulion s'efforçait de l'abolir? cl n'étaitil pas plus sage de faire passer l'Eglise par le régime du salarial? Ah! je com1irends très bien ce que les premiers ménagements forcés de la ll.é,olution pour l'Eglise et le Christianisme ont de fâcheux et môme de choquant. Puériles el rétrogrades sont les objections et le5 plaintes du comti;me gémissant que l'Eglise ail élé • asservie à l'Etat• ; mais lJien naturelle. sont les impatiences des hauts esprits à la Quinet qui attendent de la Révolution qu'elle pronoucc contre la grande ennemie la parole liéci,ive. Tous nous avons hâle que la Il.évolution puisse dire : li n'y a rien de commun entre le dogme et moi, cl la seule révélation que j'accepte "'est la lumière de la science cl de la raison. lious avons hàte que l'esprit humain puisse affirmer sans réticence sa cou fiance superlJe en lui-même, el son dégoùl pour la vieille super5tilion comme pour les compromi:; qui la maintiennent. '.'fous souffrons que l'esprit philosophique du xvm• ,ièclc soit obligé, il la Conslilaanle, de s"abriter derrière Je Christiani5me étroit des Jan<éniste5 comme Grégoire el Camus, pour qu·uno marque chrélienneaulhentique imprimée à la Constitution civile par ces hérétiques inconscients, couvre aux yeux du peuple la hardiesse de la combinaison nouvelle. Il nous en coùle tl'enlendre Lameth, oppo5Cr seulement à dom Gerie que la ll.érnlulion aurait dû foudroyer du sou,·cnir des crimes de la religion d'Etat, de doucereuses équivoques, ou des ironies subtiles que le peuple ne saisissait pas. « );ous avons voulu que les premiers fussent les derniers el que le, derniers fussent les premiers; n'est-ce pas nous qui avons réalisé l'Evangile?)) Et ce n'est pas sans une sorte de gène qu·après avoir lu les lettres du donJon de 'Vincennes où ~lirahcau fait nettement profession de matérialisme et d'athéisme nous entendons le grand trilJun justifier la Constitution ci vile aux yeux des populations e!Trayées el scandalisées en une sorte d'homélie où Loul sonne faux. Il est nai qu'il regarder au fond des choses, celle adresse était vraiment la né;;alion Liu chrbtiani;me dont elle prétendait ras.mer les fidèles: « Ft·ançai5, on dénonce de toutes parts la constitution civile du clergé décrétée par vo, repr·éscnlants, comme dénaturant l'org,rnisation divine de l'Eglise cbrétienne el ne pouvant sulJ5isler avec les principes ~onsacré, par l'antiquité ecclè,iaslique. " Ainsi nousn·aurions pu briser les chaîne, rie notre servitude sans secouer le joug de la foi ?... Non, la lilJerlé est loin de vou; prescrire un si impralic11Jlesacrifice. Reg 1rdez celle Eglise de France, dont les fondements s'enlacent el se perdent dans ceux de J"empire lui-m~mc; voyez comme la liberté qui vient du ciel aussi bien que notre foi, semble montrer en elle la compagne de son éternité et de sa divinité. " • Yoyez comme ces deux filles de la raison souveraine s"unissent pour dé-

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