Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

500 HISTOIRE SOCIALISTE l'igne, quelque terre ou quelque étang, il n'y a pas un point de la France rurale qui n'ait été touché par celle immense opération. Partout la conl'Oilise el l'or~ueil, la passion du gain el celle de la liberté ont , ibré. Ce mouvement si vif, si rapide, si étendu, a créé, d'emblée, des résultats irrévocables. Comment abolir une Révolution qui s'était insinuée dans les intérêts de tant de familles? Car ce qui frappe d'abord, c·est le grand nombre des acheteurs; comme les clrcla111ationsde l'abbé Maury, dénonçant l'accaparement prochain de tout le rlornaine ecclésiastique par quelques milliers de financier.; et d'agioteurs juifs, i:enevois, hollandais, sont démontrées vaines! La Révolution n·aurail pas ré;islé un jour s'il en avait été ainsi. A coup silr, la mas c des travailleurs ruraux, des prolétaires paysans n'est pas élevée à la propriété. Elle ne pou l'ait l'Nre par une opération qui était essentiellement une l'ente; elle ne le sera que par la grande transformation communiste de la propriété. Mais très variées sont les catégories sociales qui achètent les biens d'Églisc. Ces achats ont presque tous un caractère local. C'e l par des laboureurs de la paroisse, par ùes marchands du bourg, par des bourgeois de la ville prochaine que les terres sont acquises. M. Guillemaul ne signale pas l'inlerrenlion d'un seul étranger. Quand ce ne wnt pas des cullil'ateurs de l'endroit, ce sont des bourgeois de Louhans; les terres ne sont pas absorbées par des spéculateurs venus de loin, elles sont achetées par ceux qui, depuis des générations les avaient contemplées, lraYcrsées, désirées. c·esl par une substitution sur place que se failla rél'olulion de la propriété. El il y a évidemment disµersion de la propriété; même les bourgeois les plus riches n'acquièrent pas tout le domaine d'une abbaye; ce domaine d'ailleurs compo;ite, se divisait en ses éléments, cl chacun de ces élômcnts a un acquéreur dislinct; au moins d'une fnçon générale. Le lecteur a certainement noté au pas,agc que beaucoup d'administrateurs municipaux, ou du di,tricl, ou du département étaient acquéreurs; les fonctionnaires élu; de la Rél'olulion s'cngageairnt ainsi à fond de leurs intérêts, de leur personne même dans le mouvement, el on prévoit dès maintenant quïls suivront la Hovolution jusqu'au bout, qu'ils la défendront, par tous les moyens, contre tout retour olîem,if qui meuacerait leur propriété nou- ,•elle. Nombreux sont les« laboureurs• c'est-à-dire les propriétaires de terres à blé ou les fermiers de grosses fermes qui ont acheté de la terre dans JeLouhan,,is. Si, dans l'ensemhlc de l.i !'rance, la bourgeoi,ie seule avait achelé, si t anout les paysans avaient été aussi violerr,mcnl écartés que dans les environs ile Paris où débordait la puissance bourgeoise, la bourgeoisie révoluliooaire n'aurait pas été soutenue par les pay,a11s. Mais les familles de5 cultivateurs aisés ont assez parlicipé aux ventes pour que la soliuarité révolulionnairc des bourgeois et des paysans se nouât au

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