Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOC TA L1ST8 pouvait rem bour,er aut1 ement. Voilà pourquoi les politiques et les économistes bourgeois ;e moquent de nous, quand ils disent que la Révolution a eu pour principal c!Tel de donner la terre aux paysans. I::lle a libéré de la dlme et des droits féodaux le domaine paysan ùéjà constilu6; elle n'a pu ajouter grand chose à ce domaine. 1Iais voilà pourquoi aussi il est injuste el puéril de reprocher à la Révolution, comme le fait Avenel, ùe n'arnir pas distrilmé aux pauvres une partie au moins des terres d Eglise, car celle opération était impossible sans la banqueroute, qui était alors, aussi bien au point de vue politique qu'au point de vue économique, une mesure contre-révolutionnaire el rétrograde. Avenel dit que la Révolution a volé un milliartl aux pauvres. Ou cela u'a pas de sens, ou cela signifie que la Révolution, en s·emparant des biens tl'Eglise, a moins fait pour les pauvres que ne faisait l'Eglise elle-même. C'est bien la thèse réactionnaire, étrangement rajeunie par un pdrado,e pseudodémocralique; mais c'est contraire à la vérité. L, plupart clcs biens dï:glbe n'avaient plus'en l'ail l'a!Tecta,ion char:table que leur avaient marquée les donateurs, les revenus en étaient <li-sip~s par les plus ,candaleux abus, et lorsque la Révolution, par son admirable comité • de mendicité », dessina un plan laïque d'assistance publique, lorsque ce comité dressa, en 1790 et 1701, le premier budget révolutionnaire d'assistance, 12 millions pour les malades, 27 millions pour les infirmes, les enfants et les vieillards, 5 millions pour les ateliers publics où tt·availleraient le,; pauvres valides; quand il essaya d'organiser les secours à domicile; quand L\ssemlJlée Coustituante, appliquant partiellement ce plan avant quïl fùt tracé en entier, vota le 15 décembre 1790, 15 millions de livres pour subventionner les ateliers pul>lics, quand elle vota 5 millions pour les enfants trouvés, 4 millions pour les hospices, elle alla bieu au delà ùe ce que faisait l'Eglise. ~'lais surtout en proclamant le droit au travail et à la vie, elle dépassait inflniruenL la morne charité ecclésiasliq ue. Ce dro\L au travail et à la vie, nous venons de voir avec quelle force Polverel le proclame aux applaudbsements des Jacobins. ~ous avons \U avec quelle force Chapelier le proclamait à la tribune de l'Assemblée nationale: " Il n'y aura plus de pauvres que ceux qui voudront l'être». Le Comité de la 'Constituante le proclamait encore au début du beau rapport du duc de la Rochefoucauld-Liancourt : • Tout !tomme a droit à sa subsista11ce. Celle vérité fondamentale de toute société, et qui réclame impérieusement une place dans la Déclaration des droits de l'llomme, a paru au Comité devoir être la base de Loule loi, de toute institution politique qui se proposent d'éteindre la mendicilé. Ainsi chaque homme ayant droit à sa subsistance, la société doit pourvoir à la subsistance de tous ceux de ses membres qui pourraient en manquer, el celte honorable assistance ne doit pas ôlre regardée comme uo bienfait; elle est

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